27 novembre 2016

Un thermomètre émotionnel

91666

Je crois que c’est la voix de Marlon Brando en V.O. qui m’intriguait. Une voix très douce qui contrastait fortement avec l’aspect symbole sexuel virilisé du corps de l’acteur. Une voix qui se mettait à hurler “STELLA… ST E L L AAAAAA… ”

« Un tramway nommé Désir » (A Streetcar Named Desire) est un film américain sorti en septembre 1951, réalisé par Elia Kazan. Avant d’être un film, « Un tramway nommé Désir » a été une pièce de théâtre écrite par Tennessee Williams. Le film gagna quatre Oscars en 1952 dont celui de la meilleure actrice pour Vivien Leigh (Blanche DuBois).

LIVRE_UN_TRAMWAY_2

C’est l’histoire d’une famille de milieu modeste qui vit dans le vieux quartier français de la Nouvelle-Orléans. Stanley, Marlon Brando, est un ouvrier d’origine polonaise. Il est marié à Stella. Et puis arrive la sœur de Stella, Blanche DuBois, qui sort d’une séparation difficile.

Stanley sent bien qu’il y a quelque chose qui ne va pas, mais il ne comprend pas vraiment. Il perçoit que Blanche cache des choses de son passé. Cette femme est secrète, elle s’immisce dans le couple pour le détruire. Stanley devient très brutal. et cherche à le mettre dehors. Il réagit avec brutalité.

La première fois que j’ai vu ce film, je devais avoir 14 ou 15 ans, c’était à la télévision, au Ciné Club d’Antenne 2 présenté par Pierre-Jean Philippe. C’était le vendredi soir vers 22h30, après Apostrophe. La fin des années 70. Je ne sentais pas le côté pervers de la femme, je la sentais victime, et j’étais plutôt fasciné par la violence de Stanley. La puissance négative de Marlon Brando.

J’ai revu plusieurs fois ce film et j’ai commencé à comprendre ce qui se passait. La perversité de Blanche, et du coup, mon rapport avec les personnages s’est trouvé modifié à différents moments de ma vie. Ce film fonctionnant alors comme une sorte de thermomètre qui m’indiquait le changement de mes émotions.

TRAMWAY_1.indd

Revoir un film a différentes périodes de sa vie, nous met devant la même réalité.
Le film est le même bien sûr, c’est nous qui évoluons.
(Pour être précis, le film projeté aujourd’hui, n’est pas tout à fait le même que celui de 1951. Pour éviter une condamnation de la Ligue pour la vertu (Legion of Decency), le studio Warner Bros avait imposer au monteur de réaliser 12 coupes (soit environ 4 minutes de film), sans tenir le réalisateur au courant (Elia Kazan n’avait pas les droits de final cut à l’époque). Les morceaux coupés ont été retrouvés en 1989 et réintégrés au film. Warner Bros a ressorti le film dans son intégralité en 1993.)

Nos émotions changent en fonction de notre regard. Mon regard d’adolescent de 15 ans, mon regard d’adulte, et puis, 30 ans plus tard, un autre regard.

« Un tramway nommé Désir » s’impose et revient tous les 5 ans. Je ne l’ai pas choisit finalement. Il s’est imposé comme thermomètre. Cela devient juste un rendez-vous qui me permet de mesurer l’évolution personnelle de mes sentiments, de mes émotions.
———
Partagez cet article sur Twitter

15ab7161edaa0188db53011a745aeacd

Catégories: Médias, Société | 2 commentaires

(2) commentaires

  1. Salut François
    Il me semble que  » L’étranger » de Camus était également l’un de tes thermomètres.
    Accompagnant ainsi une petite pensée pour Robert « Meursault » Smith.
    Bien à toi
    Jocelyn

    • Jocelyn, oui, c’est vrai que l’Etranger est un livre qui m’a bouleversé à l’adolescence. L’ennui, le trouble de ressentir comme une absence d’émotions. De ne pas comprendre.
      Le Killing an Arab des Cure qui vient réveiller ce trouble. Pourquoi cette chanson, pourquoi chanter en se référant à Camus et ce livre ? Mais je crois qu’à l’époque je ne comprenais rien de toutes ces paroles… Cure, Joy Division, The Stranglers, Simple Mind, Echo and the Bunnymen et même Marquis de Sade qui pourtant chantait en Français… manque de maturité, de culture, de référence. Je me laissais porter par la musique.
      Coïncidence, j’ai relu cette semaine la BD de Ferrandez, d’après l’Etranger, l’Algérie au moment où j’écris l’histoire d’une vieille femme Kabyle.

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *