28 juin 2017

Un homme découvre un message

DE_HOOK3

Cela arrive souvent. On cherche une image et par association, on découvre un tableau que l’on ne connaissait pas. Et là, stupeur, un détail saute aux yeux, et l’on se dit que l’on doit être le seul à avoir vu ce détail qui nous a troublé. Et l’on refait une nouvelle recherche sur Google, et la sentence tombe, eh non… on n’est pas le premier.

C’est ce qui m’est arrivé au moment de l’expo Vermeer au Louvre, le mois dernier.

Je « tombe » sur un tableau de Pieter de Hooch datant de 1670. Un intérieur bourgeois, avec plus ou moins la même configuration spatiale que chez Vermeer. Une pièce réduite en bordure de canal à Amsterdam. Un mur avec de larges fenêtres, mais à la différence de Vermeer, l’espace n’est pas intimiste mais ouvert, on voit à l’extérieur. Par la porte, par les fenêtres.
Un homme, une femme, et l’on retrouve un thème peint à plusieurs reprises par les peintres flamands, la lecture d’une lettre.

Ou, pour être plus précis, et c’est le titre du tableau de Pieter de Hooch, « Homme remettant une lettre à une femme dans le hall d’entrée d’une maison ».

DE_HOOK2B_detail

Le détail troublant, c’est d’avoir pris la lettre, que l’homme s’apprête à remettre à la femme, pour un smartphone. Et l’an passé, Tim Cook le grand boss d’Apple, à lui aussi parlé de ce détail. D’autres ont pris le relais (commentant Tim Cook).

A l’occasion du Start-up Fest d’Amsterdam, Tim Cook décida de visiter le Rijksmuseum. Et là, révélation. Devant le tableau de Hoock il croit voir un iPhone. « Neelie (une ancienne Commissaire européenne) m’a emmené voir des Rembrandt et dans un des tableaux, j’ai été si surpris, il y avait un iPhone (…) » On passe sur la confusion entre Rembrandt et Hooch, et on imagine bien que Tim Cook fut plus intéressé par ce qui pouvait ressembler de près ou de loin à un produit Apple, que par l’auteur de la peinture.

Un iPhone dissimulé dans un tableau datant de 1670.

Alors bien sûr que l’on se dit qu’il y a quelque chose de complètement anachronique dans cette histoire. Comment peut-on imaginer de percevoir dans un tableau du XVIIe hollandais, un des symboles de ce début du XXIe siècle.
Et puis non, cette histoire n’est pas si étrange.
Est-ce si différent quand, aujourd’hui, devant une photographie de réfugiés, je crois reconnaître une peinture de la Renaissance. Mon regard n’arrive pas vierge devant le tableau de Hooch, il est nourri de milliers, de millions de visuels qui m’ont frappés.

DE_HOOK3B

Anachronisme, oui, mais la confusion s’explique.

Il suffit de regarder dans le métro, le matin à 8h, les passagers, tout le monde, au moins une fois durant le trajet se saisit de son téléphone, pour consulter ses messages, lire un article, jouer à un jeu vidéo, twitter une phrase… C’est même devenu la silhouette de l’homme d’aujourd’hui. Debout, seul, silencieux, le regard rivé sur l’écran de son téléphone.

DE_HOOK5

A plusieurs siècles de distance, il s’agit de la même chose.
Mais il n’y a pas que cela.
Un homme s’apprête à donner une enveloppe.

Si confusion il y a, c’est peut-être dans le geste et l’attitude de l’homme. De l’imaginer, non pas en train de tendre une lettre mais plutôt en train de lire comme dans de nombreux tableaux de Vermeer (et c’est le point de départ de tout ça).

Vermeer, Woman in Blue Reading a Letter 1663f

On pense bien sûr à la « Femme en bleu lisant une lettre », de 1662-1665. Donc complètement contemporain du tableau de Hooch.
Cette femme semble concentrée par ce qu’elle lit, comme « l’homme à l’iPhone ».

Un instant calme, un arrêt sur image, une suspension du temps. Elle est enceinte, elle vient d’apprendre une nouvelle. L’homme, la femme, lisent à l’instant même, quelque chose qui les affectent. Il y a un avant et un après la lecture des mots.

La femme, l’homme du XVIIe hollandais… ce qui m’intrigue, c’est d’être en dehors de ce qui est en train de se passer. Je ne sais pas ce que l’homme vient de lire.
Comme aujourd’hui, dans le métro, je ne sais pas ce que le voyageur à côté de moi, est en train de lire, de découvrir. Ce que je vois, c’est l’expression de son visage.
Oui, c’est peut-être l’expression de l’homme de la peinture qui m’amène à voir un IPhone, plus que l’objet.

DE_HOOK6

L’homme est au courant de ce qu’il y’a à l’intérieur de l’enveloppe, il présente la lettre comme s’il tendait un téléphone pour faire lire le texto qu’il vient de recevoir.

Ce geste, cette attitude qui traverse les siècles, il y’a fort à parier qu’on la retrouve dans le futur, demain, avec d’autre supports.
De se dire que dans 50 ans, un siècle, peut-être que l’on regardera des photos d’aujourd’hui, en faisant la même confusion.

L’on verra un homme découvrant un message.

DE_HOOK2D_detail

 

 

 

 

 

 

 

Catégories: Peinture . Art, Société | Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *