20 juillet 2016

Un été indien

Un été indien (I remember Grandpa), 1943
Trauman Capote

« — Le silence immobile de l’automne était dans l’air. Grand-père ne quittait pas son état de torpeur car il sentait bien qu’il se tramait quelque chose. Il ne parlait plus à personne et boudait dans son coin. Il réagissait toujours ainsi quand on lui cachait ce qui n’allait pas. Quand le problème s’aggravait, ce qui ne manquait jamais d’arriver, il finissait par être au courant ; et alors il me prenait sur ses genoux, m’installait confortablement et m’exposait son point de vue sur la situation.

« Bobby » m’annonça-t-il un vendredi soir, « j’ai un secret que je voudrais te confier un de ces jours. » Les yeux baissés, à petits traits vifs, il esquissait des formes dans le sable avec ses orteils. (…) Je ne détachais pas mes yeux de son visage, cherchant son regard mais, la tête penchée en avant, il continuait de fixer ses pieds nus d’un air perplexe.

« Tu vas bientôt partir. Tu me manqueras quand tu ne seras plus là. Tu vas aller vivre avec des gens que tu ne connais pas et je veux que tu te souviennes de moi et de mon secret. Reviens me voir un de ces jours et on le partagera ce secret. » Puis il me regarda ; il avait l’air tellement triste !

Les larmes lui montèrent aux yeux et je sus qu’il devait être rongé par le chagrin. J’étais là, incapable de faire un geste : je ne l’avais jamais vu pleurer ».

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