16 octobre 2017

Un éboueur dans le Thalys

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Le 18 janvier 1999, à Cologne, l’artiste camerounais Barthélémy Toguo monte dans le Thalys, à destination de Paris. Il est habillé dans la tenue des éboueurs de la ville de Paris, une tenue en parfait état qu’un ami éboueur lui a confié. Il a réservé la place 84 en voiture 27. Une place située dans le carré central, là où quatre personnes peuvent s’asseoir face à face. Les fauteuils 82, 83 et 85 sont déjà occupés quand le plasticien arrive dans le wagon. Il s’assoit.

Dans les minutes qui suivent, les voyageurs des places 82, 83 et 85 quittent leur place pour aller s’asseoir plus loin… Une heure après, à la hauteur d’Aix-la-Chapelle, un contrôleur arrive : « Bonjour Monsieur, vous n’avez pas le droit de voyager dans cette tenue. » Etonné, Barthélémy Toguo lui demande pourquoi, et s’il y a une tenue appropriée pour prendre le Thalys… son billet est en règle, il voyage tranquillement, il n’a importuné personne mais visiblement la tenue des éboueurs de la ville de Paris est incompatible avec celle des hommes d’affaires du Thalys… Après quelques minutes de discussion, le contrôleur lui indique qu’il met les gens mal à l’aise et lui demande de descendre à Aix-la-Chapelle. Réaction de Barthélémy Toguo : Les voyageurs des places 82, 83 et 85 se sont t’ils plaint ? Ont-ils changé de place à cause de sa tenue ? À cause de sa condition d’éboueur ? Les questions restent sans réponse. Le contrôleur commence alors à perdre patience. Barthélémy Toguo refuse d’obtempérer. Excédé, le contrôleur lui précise qu’à Bruxelles, les services de sécurité et la police ferrovière vont s’occuper de lui. Poursuivant sa logique d’intimidation, il prend son téléphone, s’éloigne pour que l’on ne puisse pas entendre la conversation… À Bruxelles, personne ne monte dans la voiture pour signifier à Barthélémy Toguo qu’il doit descendre et le contrôleur ne reviendra pas de tout le voyage. Barthélémy Toguo finira son voyage seul, sans être importuné, dans une voiture 27 quasiment vide. Arrivé à Paris, gare du Nord, personne ne viendra contrôler son identité sur le quai.

Cette performance fait partie d’une série de huit performances initiées en 1996 et réalisées dans des aéroports et des gares, des lieux de passage d’un continent à l’autre, d’une géographie à l’autre. Intitulées Transits, elles seront présentés dans l’exposition Migrateurs, au Musée d’Art Moderne de la Ville de Paris du 13 avril au 16 mai 1999.

Titre de la performance : Transit 6, 1999 HBF Cologne / Gare du Nord, Paris

En 2016, Barthélémy Toguo fera parti des quatre finalistes du prix Marcel Duchamp présenté au Centre Pompidou et attribué cette année là à Kader Attia.

Catégories: Peinture . Art | Laisser un commentaire

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