27 février 2018

Trier du blé

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On a découvert Ymane Fakhir à l’occasion de l’exposition collective « Ajammar », présentée à la Fondation Abderrahmane Slaoui, à Casablanca.
Une exposition ayant comme thème l’île de Sidi Abderrahman située au sud ouest de Casablanca. L’île est réputée pour y accueillir des voyants, des guérisseurs et des sorciers.

 

Ymane Fakhir est née à Casablanca, elle vit et travaille à Marseille.
« Handmade » est un ensemble de 5 vidéos réalisées en 2011 et 2012.

On retrouve le même dispositif, un plan rapproché sur les mains d’une femme. Un environnement blanc laissant apparaître les mains au travail.
« Handmade, Blé », une vidéo de 2012.
Un geste qui se répète en plan séquence. Trier des grains de blé pour mettre de côté les impuretés, des grains noirs. La main droite reste posée sur la cuisse jusqu’au moment où les deux mains font tomber les grains de blé dans un récipient posé sur les genoux de la femme.
Un plan serré qui ne permet pas de voir le visage ou le corps de cette femme âgée qui accomplit un geste, cent fois, mille fois répété au cours de sa vie. Un geste du quotidien exécuté devant nous en silence.
Enfant, elle s’asseyait près de sa mère et regardait ses mains trier le blé. Un geste ancré dans un temps lointain. Un geste qui raconte le quotidien féminin de ces femmes qui ne parlent pas.
Des gestes qui ponctuent la journée. Trier des grains de blé, casser un pain de sucre, préparer la graine du couscous, façonner entre ses doigts des Cheveux d’ange… la journée est rythmée par une succession de gestes très simples. Préparer le repas. Toujours les même gestes. Aujourd’hui comme hier. « Je suis fascinée par le travail que faisaient les femmes au quotidien et qui pour moi participe à une forme d’économie domestique, un travail de long labeur qui n’a pas de reconnaissance sociale et relègue la femme à des tâches ménagères. Ce sont des gestes que faisait ma grand-mère. C’est aussi une transmission qui s’arrête avec les nouvelles générations. » dit-Ymane Fakhir de « Handmade ».

Cela parle de transmission… simplement en regardant, là devant soi, en se concentrant sur les mains.
Sans même avoir besoin d’en parler. « Qu’est-ce que je transmets à mes enfants ? » Peut-être un geste qui demande un savoir-faire particulier. Des gestes de la main, du poignet… des gestes simples. Des gestes qui peuvent disparaître. Des gestes féminins, qui parlent d’identité marocaine, d’égalité homme-femmes dans une société patriarcale, de lien familial…

Ces gestes, il faut les regarder, comme des générations de femmes les ont regardé, pour les conserver dans la mémoire de chacun. Regarder encore et encore, pour s’imprégner de l’enchainement du geste car il n’y a  pas d’écrit pour en garder la trace.
Depuis des millénaires, toutes les femmes marocaines ont fait ce geste. C’est ce qu’elles avaient appris de leur mère, c’est ce qu’elles montraient à leurs filles. Le feront-elles demain ?

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Catégories: Peinture . Art, Photographies | Laisser un commentaire

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