25 octobre 2016

ToiletPaper trouble encore !

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Il y a toujours eu de la cohérence dans le travail de Maurizio Cattelan.

Depuis 2010, cet artiste provocateur, associé au photographe Pierpaolo Ferrari, décline dans son magazine ToiletPaper des photographies trash, esthétiques, dérangeantes, colorées, sophistiquées, décalées. Avec toujours la même logique en action.

Chaque image de ToiletPaper sème le trouble. On peut y voir une évocation du surréalisme, un second degré, des images oniriques ou des oxymores visuels. On peut tout simplement en rester à ce qu’il y a sur l’image. “Qu’est-ce que je vois ?”

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Quand on lui demande d’où vient le titre de sa revue, Cattelan explique en toute simplicité : « Tout cela découle d’un processus de digestion à l’œuvre après une overdose d’images ». Processus de digestion…

En 2011, il décrète la fin de sa carrière en suspendant au plafond de la rotonde du musée Guggenheim de New York, la quasi-totalité de ses œuvres. Une rétrospective coup de tonnerre, ou coup de bluff ? Marketing artistique ou pied de nez de sortie ?

Au début des années 2000, Maurizio catalan et Paola Manfrin s’étaient rodés à la compilation d’images de magazines avec « Permanent Food » (14 numéros). Pas de références, de crédits ni de principe d’organisation apparent, hormis des associations d’images en double page. ToiletPaper en sera une prolongation (1er numéro, juin 2010). Entre les deux « Charley » proposera une variante.

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« J’ai toujours été fasciné par la publicité et, quand je passais encore mes journées dans des librairies à nourrir mon esprit d’images imprimées, c’était à la recherche de publicités que je parcourais les magazines de lifestyle.

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“Permanent Food” a été le résultat de cette fascination : nous traitions les images de magazine comme s’il s’agissait de ready-made, en les privant de leur raison d’être originelle et en créant un nouveau contexte dans lequel elles pouvaient vivre une seconde vie pour se diffuser différemment. Avec ToiletPaper, en revanche, il s’agit davantage de faire nos propres photographies de type magazine, et de produire ce que nous voudrions voir comme publicité dans un univers alternatif. »

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Des photographies sophistiquées, pas de texte, des couleurs saturées, une lumière travaillée et une prise de vue sans trucage ou sans montage numérique. Le magazine est une forme hybride de produit dérivé, entre livre d’artiste et revue abordable.

On croit comprendre qu’il s’agit d’une critique de la production d’images de publicité ou de mode. « Overdose visuelle » d’une société dominée par la consommation et le règne de l’apparence.

Et puis l’on retrouve leurs photographies dans des publicités de mode, Kenzo ?

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Après avoir été un des plus grands artistes ou plasticiens des 20 dernières années, Cattelan devient influenceur ou tendanceur (et ToiletPaper serait alors un cahier de tendance !). Difficile de s’y retrouver.

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Provocation, paradoxe, ironie, dérision. ToiletPaper met en forme un leitmotiv iconographique adroitement défini.

Le duo Cattelan/Ferrari pervertit les codes de l’iconographie médiatique et les digère avec minutie. On retrouve dans chacune de leurs images, un schéma de construction diaboliquement efficace.

Conscient de l’impact sur le consommateur, ils font preuve d’une esthétique qui happe littéralement les lecteurs par la couleur et les symboles, générant chez eux émotion, empathie et fascination… ou dégoût.
Le trouble est immédiat, on ne peut y échapper. Gros plan/proximité. Le lecteur se trouve comme aimanté par l’image.

Il suffit de voir le résultat quand des médias laisse une carte blanche à ToiletPaper pour intervenir dans leurs pages (New York Magazine, Libération, M le Magazine du Monde, …). Leurs images sont instantanément mémorisables. Catttelan a fait de ToiletPaper un produit d’une total maîtrise au pouvoir d’influence multiple.

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Comment définir tout cela ?
Une publicité dépouillée de tout produit, ou de tout slogan ? et qui ne montrerait que la puissance d’une image construite avec méthode.
Propagande, communication ?

Des images captivantes qui n’auraient d’autre finalité que de dévoiler au grand jour leur pouvoir !
Pouvoir de l’image ou pouvoir de Cattelan & Ferrari ?… peut être les deux !

« Je pense qu’il y a quelque chose d’extraordinairement puissant dans les images, elles touchent à un niveau bien plus profond que ne le peuvent les mots. J’aime surtout l’idée que les images les plus simples sont aussi les plus efficaces. »

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Catégories: Médias, Peinture . Art, Photographies | Laisser un commentaire

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