29 avril 2017

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Et les affiches sont apparues le mercredi 26 avril.
Trois jours après les résultats du 1er tour qui ont vu Emmanuel Macron et Marine Le Pen arriver en tête.

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En 2002, la présence surprise du candidat du FN au 2e tour de l’élection présidentielle avait été vécue comme un traumatisme nationale. Un « Coup de Tonnerre ». En 2017, la banalisation à fait son chemin. On salue la victoire d’Emmanuel Macron. On parle de Marine, on tend à oublier Le Pen…

Et c’est dans ce contexte qu’apparaissent les affiches des deux candidats.
Deux  affiches bleues et une troublante similitude. Au 1er tour, tout était déjà bleu.
Beaucoup de bleu, trop de bleu. Un fond bleu, une veste bleue, une chemise bleue, une cravate bleue, un tailleur bleu, des yeux bleus, un logo bleu.

Il n’y a plus d’idéologie, de politique, plus de nom de parti (Marine est devenu quasiment une marque avec sa déclinaison Prénom/Parti/Couleur) (En Marche ou EM! a disparu), plus trop de contexte.

Tout est neutre et rien n’accroche.
Plus de ville ou de foule autour d’Emmanuel Macron comme dans l’affiche du 1er tour, on est « sur le produit ».

Ce qui se dessinait pour le premier tour s’est accentué. L’affiche reste un support du XXe siècle. Elle n’intéresse plus grand monde.
L’affiche officielle ne sert plus à rien, ne dit plus rien sinon une présence. Le glissement vers le produit publicitaire est évident. On est sur de la séduction marketing, on ne vend rien sinon un physique. Et donc on séduit avec un visage cadré et un léger sourire (pour Emmanuel Macron). Il n’a pas 40 ans et l’on peut s’approcher pour montrer sa jeunesse. Jamais on n’aurait eu ce cadrage avec un candidat de 60 ans.
Le corps de chaque candidat est à nu.
Un déhanchement et un soupçon de cuisse visible sous un tailleur noir (pour Marine Le Pen).

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Ce n’est pas l’allégories de la France de Ségolène Royal en 2007. C’est une femme avec un corps. Une française parmis d’autres. Marine… sans nom.
Il n’y a plus d’idées. Il n’y a plus qu’un produit à vendre.
Les deux candidats ont des programmes violents mais l’image qu’ils donnent est adoucie… apaisée.

Sur l’affiche du 1er tour [ Voir la chronique Une campagne du XXe siècle ], Marine Le Pen avait collé un cartouche En 5 ans, comme s’il s’agissait de quelque chose de très marketing, « Satisfait ou remboursé » c’était inhabituel et presque promotionnel. C’est un détail qui n’en est pas un, soyons certain que beaucoup de gens vont l’on vu sans comprendre vraiment mais en se disant qu’il y avait quelque chose de qualitatif !

Emmanuel Macron/Marine Le Pen. Un objet marketing qui est éclairé, retouché, travaillé comme une visuel publicitaire.
Là encore, on lisse, on adoucit, on amincit, on est dans la séduction. Le visuel doit être parfait au point de déshumaniser le candidat. Plus de rides sur le cou de Marine Le Pen… et un visage qui semble se détacher du corps.
On avait reproché le trop de Photoshop à Anne Hidalgo, en 2014, pour les affiches des municipales à Paris.
Même cadrage de face pour Emmanuel Macron et Anne Hidalgo.

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Bien évidemment que la question de LA cuisse découverte de Marine Le Pen s’est posée.
On en avait parlé à propos d’un portrait de Barbara Pompili, paru dans Libération en 2012, sans son accord. De réduire la femme politique à un objet sexualisé. Une séduction « appuyée ». [Voir la chronique : Cadrer des jambes ]

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Le fait de montrer un peu de cuisse sur l’affiche a été discuté au sein de l’équipe de Marine Le Pen. « C’est un parti pris assumé. Il s’agit d’un message subliminal par rapport à l’islam », précise un communicant du FN.
Le message que le FN cherche à faire passer à demi-mot : « En France, les femmes s’habillent comme elles l’entendent ».
Il s’agit plus simplement de jouer sur la séduction, la féminité avec un côté sexy, un côté Karine Le Marchand et son « Ambition Intime ».

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Alors bien sûr qu’on peut aller chercher des références, des vieilles choses. Pour dire que l’on recycle, que l’on s’inspire des campagnes anciennes.

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Le fond bleu de Sarkozy en 2007, la bibliothèque des photos officielles dont celle de Mitterrand, Pompidou, Sarkozy.
Oui sans doute un peu tout ça. Le FN est très fort pour le cambriolage idéologique.

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S’il n’y avait qu’une seule affiche à retrouver, ce serait celle de 2012 pour les législatives de l’UMP (Les Républicains) et un slogan : « Ensemble choisissons la France ».
Le sentiment que ce slogan simple a encore été épuré pour cette présidentielle. De trois mots, on passe à deux.

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« Ensemble, la France ! » pour Emmanuel Macron.
« Choisissons la France », pour Marine Le Pen.

Simplifier pour être encore plus neutre. Pour ne dire presque rien.

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Marine Le Pen assise sur le coin d’un bureau, peut-être un clin d’œil du FN à Yves Mourousi s’asseyant sur le bureau de Mitterrand. Beaucoup, à l’époque, avait trouvé le geste irrévérencieux.
Ou plus simplement une posture habituelle de présentatrices TV, Claire Chazal ou autre.

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Et très vite, sur les réseaux sociaux, des détournements sont apparus, principalement pour Marine Le Pen, pour casser ce côté neutre et produit publicitaire, pour ramener finalement ce qui a été supprimé, gommé, caché.

Simplement rajouter le nom de la candidate du FN, Le Pen. Rajouter un bandeau. Enlever FN au mot France pour faire apparaître RACE.
Laisser remonter, laisser cristalliser tout ce qu’il y a derrière un visuel policé.

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