03 décembre 2017

Sans autorisation

ALCOOL_1

La question revient toujours de la même façon, « Qu’est-ce que ça veut dire d’acheter de la bière sans alcool alors que je ne connais plus l’ivresse depuis plus de trois ans et demi ? »

C’est souvent au moment de l’apéro que la question se pose.
Car, bien évidement que l’apéro, c’est le moment où l’on sent monter un début d’ivresse encourageante.
Comme un rituel. C’est ce que l’on recherche. Le goût du pastis, du vin blanc frais ou du Spritz, c’est finalement secondaire. Quand on boit de la bière sans alcool, bien sûr que le goût rappelle la bière sauf qu’après la première pinte, question ivresse, on ne sent rien, alors on se dit qu’en en buvant une deuxième ? Sauf que tout pareil et l’on est tenté par une troisième. Et rien ne vient, sinon de se sentir franchement balloné par plus d’un litre de liquide avec bulles.
C’est finalement ça le plus difficile. Non pas d’arréter de boire, mais bien plutôt, de ne pas (plus) attendre l’ivresse. Car pendant des années, on a recherché l’ivresse comme signal libérateur.

Combien de fois je me suis dit : « Non mais moi, tant que je n’ai pas bu deux ou trois verres, je ne peux pas vraiment parler, je ne peux pas vraiment danser, je ne peux pas vraiment aborder quelqu’un… même simplement m’approcher. »

L’alcool devient vite l’élément permettant de s’autoriser tout un tas de choses.
Sauf, que bien souvent, ça déborde, une fois l’autorisation acquise, on se dit que l’on peut en remettre une couche… et là, le dérapage est à porté de main. Un peu comme sur l’autoroute où tu te déportes de la file de droite à celle de gauche, et tu y restes en roulant de plus en plus vite.

C’est finalement ça le plus difficile. De se dire qu’il n’y a plus besoin d’autorisation fournie par l’alcool. Qu’il faut se réapproprier une forme de liberté.
Et que cette liberté acquise est particulièrement forte, puisqu’à chaque moment, on ne peut que le constater : cette discussion, cette conversation engagée, que tout ça est simplement lié à mon envie, qu’il n’y a pas eu de béquille ou de masque alcoolisée qui m’aurait aider.
Qu’il faut donc inventer une autre façon de vivre puisque tout était balisé par des autorisations alcoolisées.

Virginie Despentes en parle très bien, elle qui a arrété de boire à 28 ans.
« Mais c’est très compliqué ! C’est pas « boire ou ne pas boire ». C’est un mode de vie qui est en jeu. Et un personnage, jusqu’alors défini par l’alcool, qu’il faut complètement réinventer. »

Faire confiance à l’envie intérieur, et ne plus attendre d’autorisation.
Au point que l’alcool disparaisse.

friends taking selfie and drinking beer at bar

 

Catégories: Divers, Société | Laisser un commentaire

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