23 octobre 2017

Raz le bol !

Sans titre-20

Une semaine après la déferlante Weinstein/#balancetonporc, on se retrouve ce vendredi devant la classe entière des AG1 de l’EPSAA, une classe à forte dominante féminine. Des jeunes qui ont entre 19 et 22 ans et qui se destinent au métier de graphiste.

On avait prévu de parler des portraits du Fayoum, les célèbres portraits égyptiens du 1er au 4e siècle après JC, et puis au dernier moment, on préfère commencer par la couverture du Libé du mardi 17 octobre : Porcs sur le grill.

« Vous avez des remarques par rapport à ça ? » Et là, c’est trois filles qui interviennent directement. « Évidemment qu’on a des remarques, qu’est-ce que vous imaginez. » Et là, on se dit que c’est le moment de laisser la parole circuler…

« Non mais, je crois que vous ne vous rendez pas compte, pas compte du tout ! C’est tous les jours qu’on nous emmerde, pas forcément des gestes déplacés, ou des Mademoiselles qu’on en a raz le bol, mais simplement des regards, comme si j’étais une chose à consommer. »

En quelques minutes, on découvre le point de vue de filles de vingt ans auquel on n’a jamais accès quand on est un homme. Et pour le coup, les garçons de la classe ouvrent de grands yeux.

« Non mais monsieur, c’est très médiatique tout ça, Weinstein et les autres, c’est pour l’audimat…»
C’est un garçon qui vient de réagir, et aussitôt une fille intervient. « Mais putain, Bruno, tu peux pas comprendre, tu ne ressens pas ce qu’on vit. » « Mais c’est pire que ce qu’on dit, c’est pas que sexuel, c’est un truc de domination, de pouvoir, on le sent clairement dans le regard. Moi, je réfléchis le matin quand je m’habille, je réfléchis en me disant j’ai pas envie qu’on m’emmerde, tu réfléchis toi, Florian, le matin quant tu t’habilles, tu t’interdis des trucs ? ».
Et là Régis qui prend la parole, « Faut dire quand même, t’as des filles faut voir comme elles sont habillés sexy, c’est limite provoquant, non ? »

C’est plus de quinze filles qui interviennent aujourd’hui, alors que d’habitude, en demi groupe elles sont beaucoup plus discrètes.

« Et puis marre de toutes ces images dans la rue où on nous montrent toujours des filles à poil pour vendre tout et n’importe quoi. Comment tu veux que les mecs aient pas cette image en tête, qu’une femme c’est un objet que l’on consomme quand on voit tout ça ! »
Et Alice de reprendre la parole. « Moi, c’est pas la nudité, finalement j’ai rien contre, ce qui me saoule, c’est les poses suggestives, toutes les pubs nous montrent des meufs en train de séduire, comme si on était réduite à ça… séduire des mecs. »

On intervient sans trop vouloir casser la vague de parole.
« Et ça, on le change comment ? »

« Cest un truc d’éducation, faut le dire et le redire, une femme ça se respect, on va pas se mettre une burqua parce que les mecs arrivent pas à se maitriser. »
« Moi, je crois qu’il faut renvoyer le regard, et là, tu verras que les mecs ils seront moins à l’aise. Ça les impressionne le regard dominant des meufs. »

Une heure de paroles d’une incroyable franchise, et un point de vue entre garçons et filles qui s’accorde. Les vacances de Toussaint arrivent ce soir. Il faudra retrouver du temps pour parler, important cette parole.

Catégories: Société | 6 commentaires

(6) commentaires

  1. Personnellement, moi qui suis une jeune femme, je comprends tout de suite le message que veux transmettre cette première de couverture de libération.
     » Porcs sur le gril » ça sonne tellement bien, tellement vrais ! Ça devient presque comique, car en effet, parfois j’ai juste l’impression d’être un bout de viande devant des regards trop insistants. Mais je ne me suis jamais remise en question sur mes tenues vestimentaires. Je pense qu’il y a réellement un problème de société mais qui n’a absolument rien à voir avec les vêtements que porte une femme.
    La publicité véhicule l’image d’une femme-objet, position dégradante, moue séductrice et vêtements parfois absent (moins il y en a, mieux c’est) ! Tout ça pour vendre un yaourt ou du parfum… Alors forcément, a force d’avoir une image totalement erronée présente tous les jours dans notre quotidien, il y a de quoi se poser des questions… Seulement une question me viens à l’esprit : L’image de l’homme dans la publicité n’est pas reluisante, elle non plus. Alors pourquoi n’y a-t-il pas de cas de harselement vis-à-vis du coté masculin ?

  2. Ce qui me rend personnellement folle ici c’est l’image constamment sexualisée de la femme. Un corps de femme (ou d’homme d’ailleurs) est une chose belle, à respecter tout autant que l’esprit qu’il renferme. Si un regard dégradant de femme existe aussi (l’horreur est partout, et n’a ni genre ni race), celui de l’homme est complètement banalisé. C’est l’impunité, la complicité silencieuse qui fait perdurer ces pratiques ignobles.

    Ces regards dégradants le sont parce qu’ils nient l’être humain dans la chair, et réduisent une personne à un tas de viande. On pourrait penser que seuls les fous ont ces regards, mais c’est bel et bien faux. Je parle ici de gens de notre famille, d’amis plus ou moins proches, de collègues. Des hommes.
    Je trouve ça terrible d’en arriver à se dire que « ce ne sont que des hommes ». Comme si leur sexe était une malédiction, et de fait une excuse a ces comportements, à toutes ces blagues misogynes, à tout ces regards qui déshabillent. Mais ce ne sont que des hommes, pas vrai…

    Pourtant je refuse de penser que la moitié de la population est contrôlée par son organe génital, et que cela ne choque personne, ou si peu.Les hommes sont des êtres humains, et à ce titre, capables d’émotion et d’empathie. Capables de se comporter autrement que comme des animaux. Les hommes sont sensibles, les hommes ont le droit d’aimer autant que les femmes, de ressentir autant, de faire autant. Ils ont autant de cervelle, et ne sont pas (et ce malgré l’image et le moule dans lequel les hommes des générations précédentes s’efforcent de les faire rentrer) des animaux.

    Je suis toujours furieuse lorsque je me dis que ces hommes eux-mêmes ne constatent pas la position dégradante dans laquelle ils se placent. Qu’ils acceptent d’être complètement esclaves de ce qui leur pend entre les jambes. Qu’ils ne sont pas meilleurs que les chiens qui se frottent contre un pied de table, dans un mouvement incontrôlable.
    Quand aux hommes qui dégradent les gens dans un simple but de jouissance de pouvoir, je leur souhaite de rencontrer un jour une porte de la ligne 1 particulièrement traître.

    Nous sommes tous victimes du sexisme et de la misogynie. Les femmes pour les raisons évidentes d’oppression et les hommes, parce qu’ils sont condamné à l’éternelle stupidité.

  3. Ce qui est assez affligeant comme le souligne mes camarades c’est en effet de voir que le harcèlement est puni mais qu’il est limité. Que le fait que des regards insistants ne soient pas considérés aux yeux de tous déjà comme une atteinte à la personne et que certains trouvent ça même plutôt flatteur pour une femme qu’on la « matte » comme si c’était un bout de viande juste parce qu’elle a mis une tenue de soirée. Alors oui tout cela amène certaines à faire attention à la façon dont elle vont s’habiller pour se faire moins « emmerder par des gros lourds », mais comment ça se fait que ce soit devenu normal de faire attention à ça ? Quand est ce que les hommes comprendront qu’il est nécessaire de respecter une femme autant qu’eux aime être respectés parce que c’est un être humain aussi…

    Cela ne devrait pas être normal en 2017 je trouve qu’il y est encore certains hommes qui pensent qu’une femme est une séductrice et qu’elle fait exprès de mettre des vêtements sexy pour qu’on vienne la toucher, l’emmerder, etc… Il faut que certains comprennent qu’une femme peut dire non et que ça veut dire non, stop que ce n’est pas un jouet !
    Je pense en effet que toutes ces publicités où on voit des femmes a moitié dénudées pour vendre renforce cette image d’objet séducteur mais c’est vraiment triste et j’espère qu’un jour les mentalités changeront…

    Après concernant l’affaire Weinstein, ce qui moi personnellement m’a frappé c’est que beaucoup de gens témoignent en disant « je savais, et d’ailleurs tout le monde savait »…
    C’est assez grave de se dire que parce que cet homme est quelqu’un d’influent qui à l’habitude de diriger alors il pourrait se permettre de demander a des femmes de coucher avec lui pour décrocher un rôle dans un film et personne ne dirai rien parce que c’est comme ça que ça fonctionne avec lui.

    Il y a quelque chose que personnellement je ne comprends pas, je trouve ça bien que tout cela déclenche une volonté de dénoncer tous ces « porcs » dans tous les milieux (pas seulement celui du cinéma) mais comment c’est possible qu’on ai du attendre si longtemps ? Que fait-on de tous ces gens qui savaient et qui n’ont rien dit, rien fait pour faire bouger les choses avant ?

  4. Le sujet Weinstein a été mis sur la table hier soir pendant le diner. On commence a discuter, exposer nos points de vues puis mon beau père d’un ton énervé nous lâche un « tout le monde parle de ça mais si vous vous habilliez différemment ça inciterait pas les hommes à passer à l’acte ». Le sujet n’ayant put être approfondi (ma mère ayant préféré y couper court voyant les deux camps soit; mon beau père et moi nous opposer et nous énerver par la même occasion), je décide d’en reparler à ma mère calmement, profitant d’un trajet en voiture. Lui récitant les propos de la veille de mon beau père, j’attends une réponse de sa part. Et finalement son avis tombe : « il n’a pas tout à fait tord, si une femme s’habille de façon trop « dévoilée » on peut s’attendre à ce quelle se fasse violer, il faudrait être prudente et prévenante : s’habiller de façon à ne pas provoquer le « désir » chez les hommes pour être tranquille ».
    Je reste choquée.
    Comment peut on venir à penser que c’est de notre faute ? Que l’on peut provoquer un viol par nos vêtements ?
    Une femme doit pouvoir s’habiller comme elle le souhaite, avec une mini jupe autant qu’avec un jogging si elle se sent bien dedans et si c’est son choix. Porter une jupe, une robe, un décolleté ou encore être simplement bien apprêtée ne donne aucun droit aux autres sur notre corps. Ce n’est ni une bienvenue aux regards, ni aux attouchements.
    Mais comment se sentir à l’aise en mini jupe après avoir entendu de tels propos ?
    Quand on se sera faites violées ils nous diront « on t’avais bien dit de t’habiller autrement ».

  5. Je suis tout à fait d’accord avec mes camarades et tout ce qui a été dit précédemment.
    Tout ceci fait monter en moi une rage de plus en plus grande, sur laquelle j’ai encore du mal à trouver les mots justes pour montrer tout ce que renferme se débat sur la vision déplorable de la femme qu’ont encore de trop nombreuses personnes (homme ou femme d’ailleurs).

    Il faut évidemment stopper le harcèlement sexuel et savoir de quoi il en retourne (au niveau de la loi), ainsi que les agressions, mais aussi ce sont les mentalités qu’ils faut changer.

    En effet le corps de la femme est hyper sexualisé. Et le problème c’est que tout chez le corps d’une femme peut être vu comme quelque chose de sexuel. Là ou un homme peut se foutre quasiment nu sans que personne ne dise rien, chez une femme une attitude, des jambes trop visibles sous une jupe/un short,un décolleté parce qu’il fait chaud ou que l’on trouve ça beau va tout de suite être vu comme provocant.
    Or ce ne sont que des jambes! des bras! des seins! un corps! Oh mon dieux la femme a un corps c’est pas vrai?!Elle est composée de chair?!!
    Ah mais attend.. Comme un homme. C’est normal en fait.
    C’est le rapport au corps quelque part qu’il faudrait aussi changer. Un corps est beau, c’est notre enveloppe, notre forme et.. et c’est tout. Pourquoi tout de suite corps rimerait avec sex pour certains? Etant en étude d’art, et donc ayant forcément des cours de dessins de nu, cela offre une ouverture considérable sur la relation au corps. Une certaine acceptation de celui-ci, mais aussi un détachement. Le corps est vu comme un corps. Pas d’arrières pensées, point de connotation.

    Il y a aussi les paroles lancées totalement gratuitement, dont on se passerait bien.Surtout lorsqu’on marche juste dans la rue. Notre but étant d’aller d’un point A à un point B. Et non pas de savoir combien d’homme sur notre passage ouvriront la bouge en bavant alors que OHLALA on marche!
    Trouvons nous normal d’approcher d’un café, où il y a deux hommes qui discutent en terrasse, qu’on souhaite simplement rejoindre des amis, il est 20h30, et de savoir pertinemment qu’on va avoir le droit à une réflexion? On passe devant eux, la discussion s’arrête, quelques pas, et là sifflement. BINGO! Et pour ceux qui seraient tentés de dire « Ta tenue? Tu l’as cherché ». J’étais loin de croire que pantalon, veste et grosse écharpe faisaient partie des tenues aguicheuses..
    Le plus choquant là dedans étant le « savoir pertinemment ». On en est au point de deviner que « attention je marche dans la rue, je suis une femme, il fait un peu nuit, je vais me faire siffler »?
    De même, trouvons nous normal qu’à partir d’une certaine heure de la soirée ce genre de phrases surgissent « non mais ne part pas seule! » ou « je peux rester dormir chez toi, à cette heure là ça crains pour rentrer » (ceci concernant principalement, je dis bien principalement et pas uniquement, les femmes)?
    Qui croit réellement que un « hey mademoiselle! » ou un sifflement peut séduire quelqu’un? L’idiot qui fait cela attend réellement une réponse à cela? Oh après il y a le côté « supériorité » et « pouvoir » que cela peut apporter. Mais en quoi siffler un être humain te rend supérieur? Tu n’auras pas de médaille pour cela, tu n’auras pas de regard pour cela, tu n’auras pas une relation supplémentaire pour cela. Quelle supériorité cela peut-il apporter de siffler quelqu’un qui appartient à la même espèce que toi? Parce que même un animal quand tu le siffles pour qu’il vienne, derrière il y a de la compassion. Ton ami se dira peut-être « Wouah il a osé faire ça! » ce qui signifie qu’il sait qu’à l’origine ça ne se fait pas, et si il te manifeste du respect pour cela il est aussi c*n que toi. Si ton ami ne te manifeste pas ce respect et bien alors c’est toi qui passe pour un c*n.

    L’histoire de « balancetonport » correspond à du harcèlement sexuel ou des agressions, donc à des problèmes plus grave qu’un « hey mademoiselle » lancé une fois sans but dans la rue. Mais malheureusement ce sont souvent ceux qui croient qu’un « Hey t’es charmante » est normal qui pensent qu’aller plus loin l’est aussi. Et que la femme ne mérite pas d’être abordée avec respect et égalité.

    Alors peut-être que ma réflexion me fait passer pour une « femme en furie », et je sais bien que beaucoup (même moi) en ont marre que l’on cite ce sujet à tout bout de champs depuis quelques semaines et que l’on passe les autres sujets sous silences pour parler de ça. Le sujet perd alors un peu de sa vrai valeur, agace et devient un peu « le sujet mode du moment »..
    Mais pourtant il faut s’exprimer sur le sujet ou trouver un moyen ou on est sur que ça aura un impact. Car j’étais loin de me douter que les personnes, au comportement digne d’un prépubère ne sachant pas se contrôler (alors même qu’ils veulent prouver que ce sont « des hommes des vrais » – ce qui est donc pathétique), étaient si nombreux.

    Je tiens aussi à préciser que le harcèlement sexuel ne concerne pas uniquement que le femmes (en temps que victimes) mais aussi certains hommes, même si le cas est beaucoup plus rare. Et ils auront plutôt tendance, il me semble à se taire encore plus sur le sujet, car ceci les rendrait « faible » et « non digne d’un homme ». (bon ce qui nous revient à dire « pourquoi ce serait plus honteux pour un homme que pour une femme d’être victime de cela », et on en revient au débat de départ).
    Ce débat et ce sujet n’abolit pas non plus la drague et la possibilité d’aborder une femme. Seulement il me semble que c’est beaucoup plus efficace quand on le fait avec un respect mutuel que quand on l’aborde moins bien qu’un chien.

  6. Quand à l’image de la femme dans les médias et la publicité, je pense qu’il y a quand même un léger progrès qui s’opère. Et je considère que les gens sont capables de faire la différence entre « une pub » et « la vraie vie »et « une image » et « la vrai vie »/ »une image » et « un vrai être humain ». J’ai encore un peu foi en l’humain et son intelligence.
    Quand aux publicitaires qui utilisent encore une image trop dégradante et rabaissante pour la femme, il va bientôt finir par passer pour un idiot aux pensées bien dépassées, par ses clients (peu nombreux du coup) et ses confrères. Il aura alors tout raté.

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