23 décembre 2016

Quelques mots en Syrie

« Sur cette terre, il y a ce qui mérite la vie »

Avant de quitter l’enclave d’Alep Est, les derniers combattants ont laissé des graffitis sur les murs de la ville dévastée par une guerre de plus de cinq ans.
« Aime moi, loin du pays des représailles et de la répression. Loin de notre ville saturée de mort ». Ce sont les mots d’un des plus grand poète du monde arabe : Nizar Kabbani (mort en 1998).

Plus loin, ce sont les paroles d’une chanson de Fairouz, la diva libanaise « Nous reviendrons mon amour ».
Ailleurs dans la ville « Je t’aime, toi le compagnon avec qui j’ai partagé ce siège »

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Tout a commencé par quatre mots graffités sur le mur d’une école de Deraa.
« Jay alek el ddor ya doctor » Ton tour arrive, docteur.

Tout a commencé en Syrie par une inscription laissée par des adolescents.

On est fin février 2011, quelques jours après la chute du raïs égyptien Hosni Moubarak, qui suivait celle du Tunisien Zine El-Abidine Ben Ali. Les dictateurs du Moyen Orient tombent les uns après les autres.
Pour tous les syriens de Deraa, le message est limpide, transparent, le docteur en question n’est autre que Bachar Al-Assad, ophtalmologue de formation.

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Moawyah Sayasneh, avec ses copains osent ce que personne n’osait jusque là. Taguer un slogan anti-Assad sur un mur.
La réaction est immédiate et brutale.
Le 24 février, les forces de l’ordre viennent l’arrêter au domicile familial. Il sera torturé comme s’il avait commis un crime mettant en cause la sécurité de l’état.

« On était neuf adolescents dans le fourgon qui nous a conduits au poste de police. Les tortures ont commencé aussitôt, à coups de décharges électriques. Au bout d’une semaine, on nous a transférés dans les locaux de la Sécurité politique, service dirigé par Atef Najib, le cousin germain de Bachar al- Assad. Il a ordonné à ses hommes de nous accrocher au mur et il s’est joint à eux pour nous tabasser à coups de bâton, de fouet et de câble électrique. Il hurlait : «Qui est derrière vous ? Qui vous a poussés à écrire sur les murs ? Espèces de traîtres ! »

Il restera 21 jours en détention dans les sous-sols de la dictature.
Durant ce temps, les habitants du Hauran sortent dans la rue pour manifester leur indignation.

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Pour désamorcer le soulèvement, le pouvoir libère les adolescents emprisonnés.
Et pourtant la colère monte encore. De nouvelles manifestations se déroulent à Deraa, mais aussi dans d’autres villes.

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« Deraa, nous sommes solidaires avec toi jusqu’à la mort ! » scandent dans les jours suivants les manifestants à Homs, à Douma et même à Tartous, sur la côte. Les forces de l’ordre tirent sur les foules, plusieurs morts restent à terre. C’est l’engrenage répression manifestations.
La révolution syrienne est déclenchée.

Quatre mots sur un mur on été l’étincelle qui a mis le feu à un pays tout entier. Quatre mots qui libèrent de la peur du peuple syrien.
Aujourd’hui, Moawyah Sayasneh a 20 ans, il est combattant dans les rangs de l’Armée syrienne libre (ASL) de sa région. Une photo prise au portable comme un graffiti sur un mur.

Cinq ans après les premières manifestations de deraa, le tour de Bachar n’est toujours pas venu.
Ce n’est pas pour cette fois ci.

« Aime moi, loin du pays des représailles et de la répression. Loin de notre ville saturée de mort ».
On ne sait pas si Moawyah Sayasneh est encore vivant. On ne sait pas s’il a laissé un graffiti en quittant Alep cette semaine.

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