05 février 2017

Mein Kampf en couleurs

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Début 2016, Mein Kampf, est réédité en Allemagne. Soixante-dix ans après la mort d’Adolphe Hitler, et conformément à la loi, le texte tombe dans le domaine public. Depuis 1945, les droits étaient détenus par le Land de Bavière qui s’opposait à une nouvelle édition.

Le livre écrit entre 1924 et 1925, avait été massivement distribué durant le IIIe Reich. C’est quelques douze millions  d’exemplaires qui ont été vendus et offerts, soit un foyer allemand sur deux.

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Après sept ans de travail, le 8 janvier 2016, L’Institut d’histoire contemporaine de Munich va publier une nouvelle édition de Mein Kampf, accompagnée d’un volumineux travail de contextualisation (un appareillage critique), soit près de 2000 pages.

Début 2017, le livre fait figure de best seller en Allemagne. Il s’en est vendu plus de 85 000 exemplaires. Le premier tirage était de 4 000 exemplaires. Un an après, nous en sommes à six rééditions.

Devant un tel succès, Fayard prépare une édition française de Mein Kampf pour l’année à venir.

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La couverture du livre édité en deux tomes inséré dans un coffret, est sobre. Pas de visuel, pas de portait d’Hitler, pas de référence au nazisme.

Et pourtant un trouble, car il ne s’agit pas d’un livre ordinaire. Il s’agit d’un texte programme et autobiographique d’Adolph Hitler. D’une grande violence.
Et l’on revient à la question de la couverture toilée, au choix de la couleur. La typographie, l’embossage (une technique permettant de donner du volume à un tracé).

Inévitablement l’éditeur, le graphiste, s’est posé la question de la forme.
Car peut-on échapper à la forme ?
L’ouvrage va se retrouver en librairie pour y être vendu au milieu des autres livres. Il doit répondre à des critères de marketing.

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Chaque année, le créateur de couleurs Pantone « élit » une teinte particulière qui sera LA couleur de l’année. Pour 2017, c’est un vert Greenery 15-0343.

De l’avis de Leatrice Eiseman, directrice exécutive du Pantone Institute, « Greenery émerge en 2017 pour nous offrir la réassurance à laquelle nous aspirons tous dans un environnement socio-politique tourmenté. Satisfaisant notre désir croissant de régénération et revitalisation, Greenery symbolise cette reconnexion que nous recherchons avec la nature, avec autrui et avec un objectif plus grand. »

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Ce Pantone se prête facilement à de nombreuses combinaisons.
Notamment le Pantone 14-5706 qui a été choisi pour la toile de Mein Kampf.

Ce n’est pas une couleur au hasard ou neutre, c’est une teinte tendance qui correspond aux ambiances colorées du moment.

Troublant de choisir une teinte, une typographie, un vernis… équilibrer une couverture pour en faire un produit séduisant et vendeur. Un livre, parmi d’autres livres, contenant un brulot de propagande et de haine.

Graphiquement beau.

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« Hitler, Mein Kampf »
Et puis le titre. Pourquoi avoir regrouper le nom de l’auteur et le titre, séparé par une virgule. Comme s’il s’agissait d’un ouvrage sur Mein Kampf et pas du texte original. Comme si l’on prenait de la distance… Le graphisme et l’éthique, la responsabilité de l’auteur ont toujours été intimement liés.

La controverse autour de l’actuelle exposition sur le Bauhaus, aux Musée des Arts Décoratifs de Paris en offre un exemple saisissant.
Deux des plus illustres fondateurs de cette école symbole du modernisme et du graphisme d’avant-garde entre 1919 et 1933, Walter Gropius et Ludwig Mies van der Rohe, et bien d’autres anciens étudiants, vont collaborer activement avec le régime nazi durant plusieurs années.

Young Boy Walks Past Corpses

Le 20 avril 1945, George Rodger (un des fondateurs de l’agence photographique Magnum), correspondant du magazine Life, est un des premiers photographes a entrer dans le camp de concentration de Bergen-Belsen qui vient d’être libéré par l’armée britannique.
Il ne se doute pas de l’horreur qu’il va y trouver.

Il ne reste que deux jours au cours desquels il réalisera peu de photographies et avoue ne pas avoir pu tout photographier pour ne pas « ajouter de l’horreur à tout ça ».

« J’ai fait mes premières photos, j’ai vu un tas de gens couchés sous les arbres, sous les pins, je croyais qu’ils dormaient, roulés dans des couvertures. J’ai eu l’impression d’une jolie scène, paisible. J’ai pris des photos, j’ai une photo de ça. C’est la première que j’ai prise là-bas, c’est ma première vue de l’intérieur du camps, ma première impression. Mais, après, tout de suite, quand je me suis avancé parmi eux, je me suis rendu compte qu’ils ne dormaient pas du tout, ils étaient morts. Je me suis trouvé confronté brusquement à, je ne sais combien exactement, 3 000 ou 4 000 morts, alignés sous les arbres. C’était terrifiant […]

Lorsque je me suis rendu compte que je pouvais contempler l’horreur de Belsen et ne penser qu’à une bonne composition photographique, j’ai su que quelque chose m’était arrivé et que cela devait cesser. J’avais l’impression d’être comme ceux qui dirigeaient les camps – cela n’avait aucun sens. »

Dès le lendemain, il quittera le camp.
À la fin du conflit, il fera le vœu de ne plus jamais photographier la guerre et partira en Afrique !

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