18 septembre 2017

Marquis de Sade

MDS_056054-marquis-de-sade-phil-et-frank-pc4mdjpg

Marquis de Sade, le groupe de rock français du début des années 80, se reforme le temps d’un concert unique à Rennes.
Pas de pub, pas d’article annonçant l’événement, et ce samedi, une photo de Richard Dumas dans Libé.
77/2017, le groupe s’était formé il y a 40 ans.
Le titre de Libération : « Marquis de Sade : un coup d’un soir ».

Une photo des deux figures emblématiques du groupe, Frank Darcel, le guitariste et Philippe Pascal, le chanteur .

MDS_DICODLfXgAA_irj

MDS_MarquisdeSadeDantzigtwist

1980, je suis aux Beaux-Arts, en deuxième année.
Le Printemps de Bourges, et la découverte d’un groupe qui va profondément marquer les esprits. En quelques mois, c’est presque tout le département Art de l’école qui adopte le look Marquis de Sade. Cheveux courts, veste et pantalon sombre, chemise blanche.

MDS2_grand_1980
MDS_1056050-mds-palace-79-hdjpg

Marquis de Sade s’est formé quelques années plus tôt, 77, en pleine explosion punk, les Sex Pistols, les Clash. Et puis rapidement un premier disque, « Dantzig Twist », en 1979. L’année de « London Calling ». Mais là, chez Marquis de Sade, pas de guitare brisée, d’appel à l’insurrection… plutôt de l’émotion intériorisée.

Le succès commercial est limité, peu de disques vendus, et pourtant l’onde de choc est réelle.  « Ceux qui achetaient Marquis de Sade partaient fonder un groupe le lendemain ».

MDS_Egon_Schiele_-_Self-Portrait_with_Striped_Shirt_-_Google_Art_Project

Marquis de Sade va chercher des influences du côté du Velvet Underground de Lou Reed, de la trilogie berlinoise de Bowie (Low, Heroes, Lodger…), des Stranglers. Et puis un univers très particulier, sombre, noir et blanc, proche de l’expressionnisme allemand. Tout ça était très « Mittleleuropa ». La référence à Egon Schiele, Klimt. Vienne. Le corps, la souffrance, le trouble intérieur. La soumission, la maladie. Le Sida commencera à ravager les sociétés occidentales quelques années plus tard.

Philippe Pascal ne parlait pas du monde dans lequel nous vivions, il exprimait le monde avec ses tensions et ces zones d’ombre.
Les titres des morceaux « Walls », « Conrad Veidt », « Nacht Und Nebel »… « Cancer and Drugs ». Des textes en anglais, en français, en allemand… l’Europe que l’on ne retrouvait pas dans le rock anglais.
Quelque chose qui était dans l’air du temps.

Le saxophone, le costume cravate, sombre, là aussi, un univers qui deviendra celui de John Lurie et ses « Lounge Lizards ».

MDS_7DqM5Ha

Sur scène, costume strict. Des visages maladifs, les joues volontairement creuses. Et puis Philippe Pascal, très acteur, s’appropriant physiquement des textes volontairement torturés. Tout un univers fascinant et hypnotique.

MDS_008-conrad-veidt-theredlist

L’image de Conrad Veidt, le grand acteur du cinema expressionniste. Le visage émacié de Philippe Pascal, sa silhouette décharnée. Un jeu de scène qui reprend la gestuelle des films muets où il fallait forcer le trait dans les expressions. Les mains, les yeux… le regard.
Le cinéma de Murnau, Faust, Nosferatu. Frizt Lang et le Docteur Mabuse… et puis Arnold Schönberg, Alban Berg et Anton von Webern, l’écoles de Vienne en musique.

Un chanteur fasciné par Antonin Artaud, la voix d’Antonin Artaud.

MDS_96daaef939451e811acda956ab39-1

La découverte, c’est peut-être un dimanche matin, 1980, «Chorus », l’émission télévisée d’Antoine Decaunes.

MDS_Capture d’écran 2017-09-17 à 21.39.34

L’énergie du rock, oui bien sûr, mais il y avait autre chose chez Marquis de Sade qui attirait, il y avait la promesse de la culture. Une culture très Beaux-Arts années 80, très visuelle.
À Bourges, personne ou presque ne faisait de peinture, en quelques mois, tout le monde était devenu plasticien, photographe. Tout le monde écrivait.
Marquis de Sade cristallisait quelque chose que l’on ressentait tous.

Sans titre-11
C’était l’époque où l’on découvrait les corps en mouvement de Robert Longo. Les corps malmenés du néo-libéralisme qui se mettait en place en Angleterre et aux Etats-Unis. Le Capitalisme financier qui commençait à avoir une image en s’habillant en Armani.

MDS_51704646

Et puis les choses évolueront avec le deuxième album, « Rue de Siam ». Une pochette plus esthétique, un son moins ténébreux. Les Talking Heads avaient frappé les esprits avec le disque « Remain in light » qui était sorti en 1980.

1981, le groupe ne communique plus. Marquis de Sade éclate.
Un dernier concert d’adieu sera donné le 28 avril 1981, fin de Marquis de Sade.
Rapidement, le guitariste Frank Darcel fonde Octobre.
Philippe Pascal devient leader de Marc Seberg et poursuivra l’aventure sur quatre albums.

Le scène musicale française était riche au début des années 80 (Marie et les garçons, Taxi Girl, Stinky Toys, Modern Guy, Suicide Roméo… Kas Product). Beaucoup s’étaient engouffrés dans la brèche ouverte par les groupes punk anglais.

Quarante ans après, Marquis de Sade reste un phare dans le rock français.
Et pourtant personne ne prendra le relais. Personne ne revendiquera l’héritage.

74765766

Un groupe qui a été marqué par la personnalité de Philippe Pascal.
L’urgence de vivre, d’aller très vite.

Philippe Pascal « Notre but n’était pas de faire carrière. Je donnais tout ce que j’avais à chaque concert, en ayant deux repères en tête : Lou Reed a enregistré le premier album du Velvet Underground à 24 ans et Egon Schiele est mort à 28 ans. J’avais quatre ans devant moi et je ne savais pas comment faire. Je n’avais jamais appris à chanter, je ne savais pas écrire et je n’avais même pas vraiment le goût de l’écriture. On essayait de faire quelque chose d’inédit sans en avoir réellement les capacités.
Marquis de Sade, c’était de l’art brut. Des collages, des télescopages très simples. »

1056055-pascal-philippe-trans-80jpg

Dans l’article de Libé, Richard Dumas, le photographe qui a vécu l’explosion de la scène musicale rennaise revient sur les années (« ses années ») Marquis de Sade.

« Si on devait trouver une comparaison ce serait, à notre niveau, la Factory avec le Velvet Underground en 1967.
Cette époque a changé l’état d’esprit de beaucoup de gens, même si le succès commercial n’a pas été là. Je pense que la plupart des acteurs avaient de très fortes personnalités : ils savaient ce qu’ils voulaient et comment y arriver.
Ils se sont tous mis en route pour aller là où ils voulaient !
 »

Oui, quarante ans après, Marquis de Sade reste et restera un phare des années 80.

Catégories: Divers, Photographies | Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *