11 janvier 2017

Love Nest de Charles Burns

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— Pouvez-vous expliquer le concept de Love Nest (Nid d’amour) ?
Charles Burns : C’est une série de dessins sur laquelle j’ai travaillé l’hiver dernier. Il s’agit d’images uniques que j’ai finies par rassembler. Un concept assez simple, en fait.

— C’est moins simple pour nous lecteurs. On se demande s’il y a des histoires cachées entre les dessins.
C. B. : Il suffit de juxtaposer deux images, quelles que soit leur nature, et notre cerveau va se mettre à y voir une histoire, à ébaucher une narration. Ça m’a toujours intéressé de voir comment deux images marchaient ensemble et comment notre œil fonctionnait. Par exemple, quand on lit une bande dessinée, en théorie, on est supposé lire une case après l’autre. Sauf que, lorsque la bande dessinée est ouverte devant toi, ton œil parcourt les deux pages, il embrasse la totalité de ce qui s’offre à lui. C’est seulement dans un second temps que l’œil revient sur la narration et fait attention aux séquences. Love Nest et cette exposition, ça revient à extraire des images d’une séquence établie et construire ensuite une autre séquence. Cependant, le livre s’ouvre sur une image montrant une femme en train de lire au lit. On la retrouve à la fin, en sueur et les yeux fermés, comme si elle sortait elle-même de la vision de ce déluge d’images.

— Qu’est-ce qui a influencé les dessins noir et blanc de Love Nest ?
C. B. : Derrière chaque dessin, il y a une image préexistante. Au niveau des sources, c’est un mélange entre des photographies et des couvertures de comics. D’une certaine manière, je reviens à ce qui m’inspirait à mes débuts. Récemment, je participais à une conférence et j’ai montré des images du scrapbook de mon père. Il était intéressé par les comics et réalisait des collages qui me paraissaient aléatoires. Une part de Love Nest a consisté à regarder ces images et à les interpréter en essayant de lever leur mystère. Pendant mon enfance, une illustration m’a spécialement marqué : elle montrait des vêtements pour hommes et femmes mais sans personne pour les porter. Il y avait juste les vêtements. Pour moi, c’était des personnes invisibles qui flottaient dans l’air. Je n’avais pas d’explication mais c’est comme ça que je voyais les choses. C’était mystérieux et effrayant… alors qu’il s’agissait juste d’une illustration pour vendre des habits. D’une même manière, avant que je ne puisse lire, je regardais les comics en me demandant quelles histoires ils racontaient. Alors, j’utilisais mon imagination.

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Love Nest de Charles Burns, Editions Cornelius, 2016

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