03 juin 2017

L’outrance

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Kathy Griffin, la comédienne et humoriste américaine intervenant depuis plusieurs années sur CNN, vient d’être débarquée de la chaîne.
Elle avait posté sur Twitter une photo où on la voyait brandir une fausse tête de Donald Trump décapitée, sanguinolente.

Une image réalisée dans le cadre d’un projet avec le photographe Tyler Shields, au style Provocateur (c’est le titre de son dernier ouvrage photo), sulfureux et insolent. Il associe avec talent, le glamour hollywoodien, la couleur et le mouvement. On secoue bien fort et l’on obtient un mélange détonnant.

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Dans le cas de Kathy Griffin, pas besoin de forcer le trait tellement le sujet est d’actualité et le personnage de Donald Trump explosif.

Et la réaction fut brutale. Condamnation unanime. Un tollé l’obligeant à présenter rapidement des excuses officielles. « J’ai été trop loin »
Donald Trump lui même s’est fendu d’un tweet vengeur :
« Kathy Griffin devrait avoir honte d’elle-même. Mes enfants, spécialement mon fils de 11 ans Barron, ont du mal avec ça. Malade ! »

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Et puis arrivent les menaces de mort contre Kathy Griffin.

A force de manier l’outrance, tout déborde de tous côtés, les réactions en chaîne deviennent incontrôlables.

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Kathy Griffin revient sur l’épisode de Megyn Kelly sur Fox News, qui avait interviewé Donald Trump durant la dernière élection américaine. La journaliste l’avait quelque peu malmené. Et dés le lendemain, Trump avait contre attaqué en évoquant le sang et les règles de Megyn Kelly. « Elle avait les yeux injectés de sang, du sang qui sortait de… n’importe où. » Déjà le sang, l’outrance…

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Une décapitation qui renvoie à la peinture. Ernest Pignon Ernest à Naples, en 1988, reprenant une peinture, sans doute la dernière du Caravage : David contre Goliath. Un collage marouflé sur le mur. Pignon Ernest avait rajouté une autre tête décapitée, celle de Pier Paolo Pasolini, mort assassiné sur une plage d’Ostie. Pasolini était fasciné par le David et Goliath du Caravage.

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Une décapitation outrancière, le David et Goliath peint par le Caravage en 1610, peu de temps avant sa mort.

Comme un tableau ultime, d’une puissance incroyable. David tient par les cheveux, une tête pendante, gorgée de sang. Une tête décapitée, celle du Cravage puisqu’il s’est autoportraitisé. Un œil encore vif d’un éclat de lumière, l’autre à demi fermé. Goliath/Le Caravage crie, hurle sa détestation du monde. Un artiste à la fin de sa vie, à demi fou, rejeté de tous se présente sous des traits monstrueux. Une dernière provocation, outrancière.

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La décapitation touche à la violence destructrice, au basculement de l’homme dans la monstruosité d’où l’extrême complexité d’utiliser un tel symbole.

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Depuis les images vidéo diffusées par Daech, les images de décapitation sont très sensibles auprès de l’opinion publique. La couleur orange des combinaisons, le rouge, le sang. Associé Trump à l’Etat Islamiste, c’est bien évidemment explosif. C’est franchir une ligne rouge que franchit régulièrement le nouveau président américain.

On avait découvert la une du Spiegel quelques jours après l’élection du nouveau président. Une illustration d’Edel Rodriguez. Donald Trump, brandissant un couteau ensanglanté, la tête de la Statue de la Liberté dans l’autre main. Et déjà un slogan « America First ». La controverse avait été immédiate, le Spiegel avait du s’expliquer.

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Cette semaine, c’est l’accord de Paris de la Cop21 que Trump a décapité.
Mais c’est aussi la planète.

Il y a des images qui brûlent, qui enflamment celui qui les manipule. Kathy Griffin n’a sans doute pas complètement mesuré ce qu’elle renvoyait d’elle dans ce travail en commun avec Tyler Shields.
Elle tient une tête à bout de bras… comment ne pas être troublé par l’association des deux visages.
Kathy Griffin et Donald Trump. C’est le Caravage qui prend les traits du Goliath, comme Kathy Griffin prend ceux de Trump. Cela va bien au delà de la provocation, et n’est pas Caravage qui veut.

 

 

Catégories: Médias, Peinture . Art | Laisser un commentaire

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