03 juillet 2017

L’œil du Tour

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Et c’est parti pour trois semaines de Tour de France.
Trois semaines d’images en direct. Et c’est plus de trois millions de téléspectateurs qui vont regarder fidèlement l’intégralité des étapes puisque depuis cette année, chaque étape sera retransmise du départ à l’arrivée. Et donc entre quatre et six heures d’images en direct, tous les jours.

Libération est allé voir l’historien du cinéma Patrick Lagoutte.

Il revient sur son premier souvenir télévisuel du Tour.
L’année 1975. Eddy Merckx est à son apogée, il court après son sixième Tour de France. L’étape se déroule entre Nice et Pra-Loup et Merckx porte le maillot jaune. Les deux ou trois caméras de la course, montées sur des motos, suivent le coureur belge qui est en difficulté.

« — Soudain surgit Gimondi, qui dépasse puis dépose Merckx. La caméra reste sur le Belge. C’est au tour de Thévenet d’apparaître et de le laisser sur place. Au bout d’un certain temps, le réalisateur décide d’abandonner définitivement Merckx et de ne plus suivre que le Français. Pour nous, Belges, ce choix qui nous laissait sans nouvelles de notre idole, c’était un coup de poignard […]

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C’était une autre époque. Aujourd’hui, on est passé d’une image trouée à une image saturée, totalisante. Bientôt, on va mettre une GoPro sur le guidon (c’est qui est le cas cette année), comme ça je pourrai me casser la gueule avec le coureur. Enfin, avec les hélicoptères, je suis partout. Or, une image qui a la prétention d’être partout est totalitaire. L’audiovisuel ne supporte plus les trous, le hors-champ. C’est de moins en moins du cinéma et de plus en plus de la télé-réalité. Les premières retransmissions télévisées étaient proches du néoréalisme, avec des plans séquence de près de trois minutes sur le même mec. En 1975, on avait vu Merckx craquer, on a vu son visage, son effort. Aujourd’hui, c’est impossible de voir un plan de plus de dix secondes. »

 

De filmer du sport comme de la télé-réalité.
Oui, bien sûr. On en est là. De tout voir en permanence. Il est hors de question qu’il se passe quelque chose durant une épreuve sportive et que l’image ne soit pas là. On ne peut s’attarder très longtemps sur quelqu’un car il se passe toujours quelque chose ailleurs.

Mais au delà du sport, c’est la totalité des émissions télé qui sont filmées comme de la télé-réalité. Rien ne doit échapper à la caméra.

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Tout a bougé en 2001 avec Loft Story. La France découvrait la télé-réalité avec ses caméras et ses micros (26 caméras enregistraient 24h sur 24 les faits et gestes des lofteurs. 50 micros étaient dissimulés dans le Loft pour recueillir les ressentis des candidats). Rien de devait échapper.

Quelques années plus tard, c’est la couverture du direct par BFM TV. Rapidement, le temps d’antenne va se retrouver saturé de mots, de commentaires, d’images qui tournent en boucle. Il ne faut pas de temps morts, pas de silence. Saturé jusqu’à l’indigestion.

La logique de la surveillance, de ne jamais laisser d’angle mort.

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