31 mai 2014

« Life adjustment Center »

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« Lorsqu’on étudie l’usage du numérique par les adolescents, on se rend rapidement compte que ce qui apparaît sur les écrans, ce sont des questionnements liés au devenir adulte : la sexualité, la violence, la mort, autrement dit, les trois grands tabous de l’humanité », constate dans le Monde du samedi 24 mai, le Québécois Jocelyn Lachance, socio-anthropologue et spécialiste des pratiques numériques de la jeune génération.

Sexualité, violence et mort. C’est ce que l’on retrouve dans les photos de Larry Clark, Nan Goldin et Ryan McGinley. Ils ont commencé à travailler avant le numérique, avant les réseaux sociaux et les smartphones. Ces 3 américains photographient la fête, les amis, la marginalité, la nuit, la drogue, le Sida, la violence, le sexe, l’angoisse de la mort, la mort.

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Larry Clark se lance dans la photographie au début des années 60. Il travaille dans sa ville natale de Tulsa, avec un groupe de drogués accros au speed et à la marijuana. En 1971, il publie sa première monographie, « Tulsa ».

« Lorsque j’ai commencé à prendre des photos des gens autour de moi, je me fabriquais ma propre mythologie, mon propre univers. Il s’agissait déjà d’un mélange entre réalité et fiction, entre ce que je voyais devant moi et ce que je voulais formuler à partir de cette réalité. » Larry Clark

Nan Goldin traite de la condition humaine, de la douleur et de la difficulté de vivre. Pour elle, c’est survivre à la mort de sa sœur dont elle était très proche, et qui s’est suicidée à l’âge de 19 ans. Ses amis, ses rencontres, le comportement physique des individus. Elle parle de tribut. Elle photographie la vie telle qu’elle la vit, sans tabou ni interdit. Elle montre ses photos dans des bars, des lieux alternatifs. Ce sont des centaines de photos projetées en diaporama et mis en musique. En 1986, un livre regroupe ses images, « The Ballad of Sexual Dependency ».

« Nous sommes liés non par le sang ou un lieu, mais par une morale semblable, le besoin de vivre une vie pleine et pour l’instant présent, une incrédulité en le futur, un respect similaire de l’honnêteté, un besoin de repousser les limites et une histoire commune. » Nan Goldin

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Les toutes premières photos de Ryan McGinley sont des snapshots où il saisit la grâce d’une jeunesse rebelle qui rejette toute forme de contrainte. Capturer la joie, l’insouciance et la transgression de ses amis, de ses rencontres. Faire de la photo dans l’urgence, l’ivresse de l’alcool et des diverses drogues.
En 1999, c’est la série « The kids are alright » (en référence à la chanson et au film du même nom sur les Who), qui le fait connaître du grand publique. Il a 25 ans et une insolente insouciance.

« J’étais obsédé par l’idée de documenter ma vie, c’était un besoin psychotique. Je voulais tout prendre en photo. À l’époque, l’un de mes trucs préférés, c’était de sortir, de me défoncer la gueule et de prendre des tonnes de photos. Puis, je développais mes pellicules et je découvrais ce que j’avais fait ce soir-là, c’était comme des preuves qui venaient combler les trous de ma mémoire. » Ryan McGinley

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On le présente comme l’héritier spirituel de Nan Goldin et Larry Clark, dont les clichés figeaient leur entourage dans un quotidien tragique. Ce qu’il leur emprunte, c’est de choisir ses modèles parmi ses amis et de faire de leurs activités privées le sujet principal de son travail photographique. C’est le témoignage d’un mode de vie urbain, relevant de ce que l’on pourrait appeler « une marginalité douce » ou « ordinaire ». Ryan McGinley offre une vision différente, ce ne sont pas des instantanés de la jeunesse, plutôt une recréation de l’idée de la jeunesse.

Sexualité, violence et mort.

En 2010, une série de Ryan McGinley, « Life adjustment Center ». Et la photo de cette femme, un oiseau sur son épaule.

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Life adjustment Center ? Comment traduire cela. Apprendre à s’adapter à la vie. Un lieu, un moment, un âge où l’on apprendrait à s’adapter à la vie, à sa force, à sa violence. Se battre, lutter, se débattre. Revenir à l’état premier, là où il faut vivre, survivre. Apprendre à vivre avec ces trois mots qui résonnent avec force « Sexualité, violence et mort. » Comme une devise au fronton d’un bâtiment indéfini.

Ryan McGinley a réalisé ce travail dans un studio new-yorkais. Des photographies noir et blanc, très travaillées, très esthétiques. Plus rien à voir avec les premiers snapshots. Une lumière simple sur un fond gris. Il photographie ses modèles nus avec des animaux vivants. Ces garçons, ces filles sont à l’aise dans leur nudité. Une nudité en osmose avec la nature, avec les animaux. Retrouver l’Eden. Un moment préservé, qui semble arrêter le temps. Une pause pour s’adapter à un nouveau rythme, avant de recommencer, avant de repartir. Des photos qui sont intemporelles et qui rappellent l’histoire du portrait classique. Et pourtant, Il y a quelque chose de sous-jacent. Sous la poésie, des traces de débats physiques, un corps à corps vital.

« C’est l’endroit où l’eau est la plus profonde qu’elle est la plus calme. »
William Shakespeare, Henri VI, IIe partie, acte III

Sexualité, violence et mort. Nous n’échappons pas à ces trois mots. Ils vont nous permettent d’exister, de nous construire, de vivre ou de sombrer.

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Catégories: Photographies, Société | Laisser un commentaire

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