03 mai 2014

L’homme à vélo

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Une photographie de Ryan McGinley.
Un homme à vélo, qui pédale torse nu dans une ville, la nuit. Une fin de soirée, le temps est agréable. Sa chemise (?), son maillot vient lui masquer une partie du visage. Un vélo qui semble trop petit pour cet homme de 35/40 ans. Une image bougée, prise à l’improviste, sans trop de lumière.

Cette photographie de 2001, est légendée : Sam (Ground Zero), elle a été prise non loin des Twin Towers, le 11 septembre.
Et là, subitement, l’homme est en train de fuir New-York en plein chaos. Il se protège le visage de la poussière envahissante. Il ne se retourne pas, il regarde au loin, debout sur ce vélo décidément trop petit pour lui. Un vélo récupéré quelques centaines de mètres plus loin. Là, un enfant qui accompagnait son père, gisait sur le sol. Mortellement blessé par un morceau de béton projeté par l’effondrement de la tour 1. Tout à été très vite quand un bruit sourd à envahit l’esplanade. Tout le monde a commencé à courir. Sam n’a pas vu l’enfant au sol, il a saisi le vélo, quitté précipitamment sa chemise pour se la nouer autour du visage et s’est mis à pédaler sans savoir.
Avec l’envie incontrôlée de s’échapper. Fuir tout simplement pour respirer. Plus loin, les pompiers ont commencé à inonder les rues.

« Je me souviens aussi des énormes palettes de bouteilles d’eau pour les soldats qui avaient installé leur base près de Ground Zero. Tout était tellement bizarre. Dans le centre-ville, l’odeur de cendres a persisté pendant plusieurs semaines. »

Roland Barthe disait que la photographie est un objet nouveau témoignant d’une réalité disparue.
Se confronter à la perte. Fuir avant que tout ne s’effondre une nouvelle fois.
Et pour Ryan McGinley, témoigner de cela, ne pas courir, ne pas s’enfuir dans cette accélération du temps… mais prendre une photo de ce moment qui va disparaître. Prendre encore quelques traces de ce qui est en train de se volatiliser.

3

« J’étais obsédé par l’idée de documenter ma vie, c’était un besoin psychotique. Je voulais tout prendre en photo. À l’époque, l’un de mes trucs préférés, c’était de sortir, de me défoncer la gueule et de prendre des tonnes de photos. Puis, je développais mes pellicules et je découvrais ce que j’avais fait ce soir-là, c’était comme des preuves qui venaient combler les trous de ma mémoire. » 

[ Voir l'article : Le regard d'Alice ]

Catégories: Photographies, Société | Laisser un commentaire

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