01 octobre 2017

Les fruits de Loewe

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C’est Steven Meisel qui a photographié la dernière campagne publicitaire pour Loewe, la marque espagnole de prêt-à-porter de luxe et d’accessoires. La direction créative revient à M/M (Paris) et Jonathan Anderson.

Une série de cinq portraits.
Vittorian Ceretti, en plan rapproché, tient un fruit entre ses dents. Un mangoustan, une grenade, un melon, une papaye… À chaque fois, le fruit est ouvert en deux… les paupières de la fille sont harmonisées à la couleur de la chaire du fruit.

C’est à la fois très simple, et très efficace pour créer un choc visuel.

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Le communiqué de presse de la marque précise que tout cela s’inscrit dans « une interprétation moderne d’un thème artistique classique, celui de la représentation des fruits. »

Steven Meisel est à l’origine d’un livre qui a fait scandale au début des années 1990, SEX de Madona.
Le livre a été écrit pour accompagner Erotica, le cinquième album de la chanteuse. On la retrouve sous l’objectif de Steven Meisel dans de nombreuses scènes érotiques lesbiennes, bissexuelles, fétichistes, SM, bondages, exhibitionnistes, orgiaques, scènes de masturbation féminine devant un miroir, anulingus. Un avant goût de la vague porno-chic qui se développera pendant de nombreuses années dans ales magazines.

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Un photographe est, aujourd’hui encore, sans doute plus proche de l’univers érotique des photographies de mode qui doivent choquer et créer l’événement, que des natures mortes hollandaises peintes au XVIIe siècle.

Un fruit sur un visage de femme, oui, sans doute que cela questionne le motif, mais il y a bien autre chose.
L’image est forte. La couleur, la texture du fruit. Derrière cette qualité esthétique, bien évidemment que le sexe féminin est très présent.
Le collage d’un fruit charnu et d’une bouche féminine, ne laisse aucune équivoque sur l’évocation sexuelle.

Un visage, un fruit, la technique est simple et avait déjà été abordée par des artistes comme Urs Fischer, dans une série où il plaçait une tranche de citron sur le visage de Lauren Bacall et Elizabeth Taylor.

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Maisie Cousins, de son côté, bousculait récemment les codes de la beauté, avec ses photos jouant des couleurs et des matières visqueuses. Chaire du fruit, brillance de la peau, déchet, sexualité. Que ce soit des fruits ou des fleurs, le sexe était clairement évoqué.

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Dans un registre beaucoup plus politique et féministe, le sexe et les fruits sont photographiés et filmés par Stéphanie Sarley, une artiste américaine, qui contourne sans difficulté, la censure du corps de la femme par les réseaux sociaux. Elle ouvre un fruit en deux et introduit délicatement ses doigts à l’intérieur de la chaire.

Pas de poils pubiens, pas de tétons repérés immédiatement par les algorithmes de Facebook. C’est un simple doigt féminin, en contact avec la chaire grumeleuse d’un pamplemousse rose.

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La force du collage est immense dés lors que l’équilibre est juste. Suggérer sans imposer. Ne pas trop donner à voir pour que ce soit le spectateur qui établisse le lien, qu’il s’approprie l’association de deux images en projetant un désir ou un fantasme personnel. Pouvoir s’engouffrer dans une brèche entre deux univers visuels.

Un dernier collage, beaucoup moins fruité, de John Stezaker, un plasticien conceptuel qui « se contente » de simplement poser une image, trouver dans une brocante, sur une autre, le visage d’une femme en noir et blanc. Masks series, en 2007.
Effet dévastateur garanti.

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Catégories: Médias, Photographies | 2 commentaires

(2) commentaires

  1. Dans les photos de Meisel, contrairement aux autres, il y a aussi de la violence. De l’objectivation, de très loin j’ai vu des blessures des dissections. Personnellement je ne les aime pas du tout contrairement aux autres que tu montres (et qui pour la plupart des créations de femmes, tiens tiens…). Des photos de ptitmec qui roule les mécaniques.

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