29 décembre 2017

Lecteurs sous influence

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Un roman peut-il changer la vie de ses lecteurs ?

À l’occasion de la dernière Foire du livre de Francfort, Arte s’est posée la question en proposant une websérie d’animation de 15 modules : Culte, lecteurs sous influence.
Quand le réel se confond avec la fiction. « Comment un bouquin peut-il à ce point marquer un lecteur pour qu’il en vienne à modifier son comportement ? Comment on se retrouve avec des types qui jouent au Quidditch (un sport fictif issu de la saga « Harry Potter » créé par J. K. Rowling) à Clermont-Ferrand ? C’est fascinant quand même ! », s’enthousiasme David Brun-Lambert, l’auteur de la série, spécialiste de la pop-culture.
Pour Aurélie Pollet, la réalisatrice, l’idée de départ est simple. Il s’agit de résumer en quelques mots les grands romans cultes qui ont profondément transformé la société. « On voulait raconter les histoires autour de l’histoire, et montrer de quelle façon une œuvre peut influer sur les individus. »

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Des « Souffrances du jeune Werther » à « Harry Potter » en passant par « Millénium », « L’Attrape-cœurs » ou « Sur la route », « 1984 » ou encore « Justine ou les Malheurs de la vertu », la série dévoile, sans rien révéler des intrigues des livres, la passion, le trouble, la dévotion ou le scandale de ces romans emblématiques.

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Aurélie Pollet a travaillé la forme narrative pour que le projet se développe comme une réaction en chaîne, ou bien encore une formule mathématique. Un effet papillon.
Alors bien sûr que cela va très vite, et ça ressemble aux méthode de facilitation graphique inspirée du scribing. En gros une modélisation en temps réel venant appuyer la voix off qui déroule l’intrigue.
Les idées, les arguments bondissent d’un sujet à un autre, réagissent, interpellent, reviennent sur un point précis, requestionnent, s’opposent, argumentent … Le scribing permet de tracer une cartographie des informations composant les échanges. Cette technique de restitution favorise la mémorisation des messages clefs.

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L’histoire se construit sous nos yeux…

Aurélie Pollet précise son approche. « Ça m’intéressais de réfléchir aux éléments qui font qu’un roman devient culte car cela revient souvent à résoudre une équation complexe dans un ensemble cohérent. Très vite j’ai eu envie de partir du tableau.
Le fait que ces romans font écho à un patrimoine culturel collectif est un autre thème qui m’intéressait. Qu’une œuvre puisse faire penser à une autre et ainsi de suite… Toutes ces passerelles permettent de développer un univers constitué d’une multitude de références. Le tableau est en fait un patchwork de gifs animés. Ces petites animations matérialisent cette idée, elles sont comme plein de petits souvenirs particuliers, mais unis par le roman. Pour les lier et donner de la cohérence, le choix et l’ordre des illustrations répond à une suite logique. Enfin, il y a également des petits clins d’œil, puisés dans la culture commune, qui viennent se glisser dans cette suite. »

Aurélie Pollet travaille sur un logiciel qui permet de faire de l’animation au trait, image par image.
Pour ce qui est du processus, elle récupère des extraits de films, de vidéos trouvées sur Youtube. L’animation elle-même s’appuie sur une technique de gifs rotoscopiés, qui consiste à reproduire en boucle une séquence animée de quelques secondes. « Ce qui m’intéressait c’était de retranscrire l’effet de propagation, de contagion qui peut naître autour d’une œuvre », explique Aurélie Pollet.
C’est un travail d’équipe assez répétitif, qui demande jusqu’à dix jours pour monter un épisode. Gustavo Almenara s’occupe du compositing. Il anime le tableau en promenant la caméra d’une illustration à une autre. Toutes les typographies sont faites par le designer graphique Michael Prigent.

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Et l’on découvre « 1984 » de George Orwell, un livre qui s’est offert une seconde jeunesse grâce à Donald Trump et son appropriation des « faits alternatifs ».
En 1973, la personnalité « sous influence » n’est autre que David Bowie. Ziggy Stardust a mis le chanteur sur orbite et tout le monde a les yeux rivés sur lui. Depuis longtemps, Bowie rêve d’adapter « 1984 » en comédie musicale. Mais la veuve d’Orwell refuse de lui céder les droits. Pour Bowie la déception est immense mais pas question de renoncer à son projet, quitte à le maquiller sous la forme d’un album mythique, ce sera Diamonds Dogs, son « 1984 » à lui. Et c’est peut-être grâce à lui que des milliers d’adolescents ont appris l’existence de Big Brother. Le lancement du premier Mac d’Appel en 1984, magistralement mis en images par Ridley Scott « Le 24 janvier, Apple Computer lancera le Macintosh. Et vous verrez pourquoi 1984 [l'année] ne sera pas comme 1984 [le roman]. » et puis l’arrivée de la téléréalite en france avec Loft Story, encore Big Brother, et Edward Snowden…

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Chaque module de « Culte, lecteurs sous influence » se termine par un zoom arrière, une vision globale, plus large où l’on découvre la totalité des éléments qui ont construit le tableau, quelque chose de proche d’une carte heuristique.

On découvre que certains livres arrivent à façonner l’imaginaire collectif, et ainsi agir sur le réel lui-même. Par le biais des réactions qu’il suscite, le livre peut continuer longtemps d’infuser sur notre société contemporaine.

« Culte » donne envie de jeter un coup d’œil à l’un de ces dangereux romans. Et c’est très efficace… que l’on soit lecteur obsessionnel ou occasionnel…

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