09 septembre 2017

Le gros sac rouge

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Dimanche 26 août, gare de Lyon Part Dieu. 9h45.
Retour à Paris en ce dernier jour de vacances, même si, sur le quai, je suis encore en short et baskets. Et je ne suis pas le seul.

On est chargé, très chargé d’avoir accumulé beaucoup de choses durant les deux semaines passées dans le sud. Valises, deux valises à roulettes, une glacière gonflable Decathlon, un grand sac rouge avec poignée. Encore un Eastpack en bandoulière et puis un, deux trois quatre sacs souples pour mettre une boîte en bois tibétaine, des livres, deux bouteilles d’huile d’olive, du miel de Lurs, de l’ail… et des livres.

Dépôt minute, parking, le TGV pour Paris est affiché en voie 2 quai B.

Devant nous, un grand escalier.
Adeline laisse le gros sac rouge près de la première marche et commence à monter, je la suis avec tous mes bagages.
Elle pose tout ça contre un pilier de béton, en haut de l’escalier, je dépose mes affaires. Beaucoup de monde dans la gare pour ce week-end très chargé des retours.
Elle redescend les marches. Je ne la vois pas revenir.

Il se passe quinze secondes, et là, je me dis que quinze secondes, c’est beaucoup par rapport au temps nécessaire pour aller chercher le sac. Je laisse les bagages pour aller voir pourquoi elle ne vient pas. Je l’aperçois au milieu de l’escalier, en larmes, entourée de trois policiers.
Nous nous retrouvons près du pilier où il y a tous les bagages. Elle est complètement débordée par ses émotions.

Le policier en chef lui dit « Reprenez-vous Madame ».

Alors oui, effectivement, nous avons laissé un gros bagage, seul, pendant quinze secondes. Sans imaginer que tout objet non accompagné pouvait devenir une source potentielle de menace.
Je ne dis trop rien, sentant bien que la situation est électrique. « Oui, effectivement, nous avons laissé un bagage en bas d’un escalier pendant dix secondes, mais nous ne l’avons pas abandonné puisque nous sommes revenu le chercher quelques secondes plus tard. »

Le policier en chef « Monsieur, là, dans la gare, il y a des caméras de surveillance partout, quand je dis partout, c’est partout, un bagage comme le votre, isolé, dés qu’il est repéré, est immédiatement communiqué aux patrouilles. Vous allez pouvoir prendre votre train parce que nous l’avons vu avant le centrale de contrôle, et que pour cette fois, il s’agit juste d’un simple contrôle d’identité. Sinon, votre train, vous n’auriez pas pu le prendre, le temps d’inspecter tous vos bagage. »

Ne rien dire qui pourrait envenimer la situation. L’envie d’expliquer aux policiers, « Je vais vous dire ce que nous avons fait. Nous avons monté les escaliers, en laissant en bas un sac rouge parce que je ne pouvais pas tout monter en même temps. Et je m’apprêtais à redescendre pour venir le chercher. Voilà ce que j’ai fait. Et là vous me dite, “Non Monsieur, je vais vous décrire la situation telle que nous avons vu. Un couple chargé de nombreux bagages arrive au pied d’un escalier. La femme pose un gros sac rouge et monte les escalier. L’homme la suit, lui aussi chargé de bagages. Nous nous approchons de l’escalier où se trouve le bagage non accompagné. Il se passe dix secondes, la femme redescend et se dirige vers le sac rouge, c’est à cet instant que nous intervenons car le bagage devient potentiellement dangereux.”

« Je comprends. D’avoir laissé un bagage en bas de l’escalier, oui, bien sûr, mais de faire de moi quelqu’un au comportement suspect, au point de le contrôler… je ne suis ni coupable, ni potentiellement dangereux. Je suis juste quelqu’un qui prend le train en étant chargé de bagages.
Votre action ne se résume pas à repérer un bagage non accompagné, voyant le voyageur venir rechercher son bagage vous pourriez vous dire, tout rentre dans l’ordre, le bagage a été abandonné pendant simplement dix ou quinze secondes.
Mais visiblement, les choses ne s’arrêtent pas là. Il va falloir intervenir auprès du voyageur, lui expliquer qu’il s’est mal comporté, et pire qu’il met en danger, par ce comportement inapproprié, et irréfléchi, les autres voyageurs de la gare. Ce comportement occupe inutilement une patrouille alors que le danger et réel.

Bien sûr qu’il s’agit de surveiller, de vérifier, de contrôler, mais de façon indirect, il s’agit d’aller beaucoup plus loin. Il s’agit que chacun intègre bien cette dimension de peur. Faire accepter la surveillance totale, par la peur entretenue.

L’état d’urgence a permis de mettre en place à vitesse grand V, un formidable contrôle sur la société toute entière. Et pour faire accepter ça sans résistance, quoi de mieux que de mettre en avant la peur du terrorisme. A chaque instant, partout.
Instaurer la peur, mais aussi, mettre chacun en position de se sentir coupable de négligence.

Je suis en bas de l’escalier, je ne peux pas le monter d’un coup. Ce n’est pas un escalier de trois cent marches. C’est un escalier de deux fois douze marches entrecoupé d’un pallier. Je monte cet escalier, je dépose des bagages en haut et je redescends pour récupérer le bagage rouge que j’ai laissé en bas.
Il y a quelques semaines, un article du Monde parlait d’Israélisation de la société occidental, on y est.
Je deviens suspect. Je suis un individu à comportement à risque. Potentiellement dangereux.

 

 

 

 

 

 

 

Catégories: Divers, Société | 1 commentaire

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