22 mars 2017

Le dispositif

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L’image est de mauvaise qualité, une image muette, pas de son. Samedi 18 mars.
Deux militaires patrouillent dans le terminal sud de l’Aéroport d’Orly. Il est 8h 22.

Un homme en chemise blanche apparaît derrière eux. Quand soudain, l’homme lâche le sac qu’il portait, et se précipite sur le militaire qui lui tourne le dos. Il le prend par surprise et le force à reculer braquant son arme sur la tempe.
A droite, l’autre militaire n’a rien remarqué, il continue de marcher.

Les voyageurs à quelques mètres de la scène semblent impassibles.

Et puis, d’après les témoignages, Ziyed Ben Belgacem crie :
« Posez vos armes ! Mains sur la tête ! Je suis là pour mourir par Allah. De toute façon, il va y avoir des morts. » La foule s’enfuit en apercevant l’assaillant.

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L’image ne permet pas de distinguer que l’otage militaire est un femme.
Elle se débat mais Ziyed Ben Belgacem la traine sur plusieurs mètres.

A distance, les deux autres militaires de la patrouille Sentinelle le tienne en joue. La scène dure deux minutes. Ils essayent de le raisonner.
Ziyed Ben Belgacem plaque l’otage au sol. Il tente de s’emparer de son fusil. C’est à ce moment précis qu’un homme de la patrouille, posté dans un coin, tire. L’assaillant s’écroule, mort.

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Que voit-on sur ces images ? Objectivement rien.
Ou plutôt si, on nous montre quelque chose.

Ce que l’on nous montre, ce n’est pas le suspect, non, a aucun moment on ne peut apercevoir son visage… ce que l’on nous montre c’est qu’un homme a été vu, ce que l’on nous montre, c’est la capture visuelle d’une caméra de vidéosurveillance. Ce n’est pas un journaliste qui a réalisé cette séquence. C’est un système de surveillance existant qui permet un contrôle total.

Une image existe. Une image où l’on ne voit rien. Une image floue, pixellisée.
Une capture de réalité qui agit beaucoup plus fortement qu’une image nette. Cet aspect « sale », brut, qui lui donne sa force. Le pixel grossier devient une preuve.

Une image pauvre, ouverte à toutes nos projections. Un support à notre imagination. Une image que nous allons compléter, nourrir. Une image à qui nous allons donner corps.

« Oui, bien sûr, nous avons une image du suspect, l’homme avait été repéré dés son entrée dans la zone. »

Une caméra a filmé un homme sans que l’on sache de qui il s’agit. Mais on peut le désigner. « Oui, nous vous confirmons, il s’agit bien de l’assaillant de la militaire Sentinelle. »

Un point de vue bien particulier, en hauteur, en plongée.
Les quelques centimètres séparant le regard d’un passant, de l’objectif de la caméra, font basculer le point de vue de la vision d’un homme à celle de la surveillance. Chaque citoyen devient un objet d’observation.

Ce n’est pas l’homme que l’on nous montre, c’est une technologie de surveillance. On nous montre un dispositif policier.
Pas besoin de le préciser, tout le monde le ressent.
« Tout est filmé, nous contrôlons la situation, nous avons un regard sur ce qui se passe… la preuve, voici les images de l’assaillant. »

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