05 juin 2017

Le climat, on verra demain !

La météo, oui, bien sûr que nous y sommes sensibles, le climat beaucoup moins.

La météo tout le monde se sent concerné. Tout le monde comprend et tout le monde regarde ou écoute les bulletins météo. Cela devient même de vrais rendez-vous avant ou après les journaux télévisés. C’est 13 millions de Français qui regardent chaque soir les prévisions météo d’Évelyne Dhéliat, Catherine Laborde, Louis Bodin ou Nathalie Rihouet.

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Et pour les plus accros, on dispose aujourd’hui d’applications smartphone et d’une chaine météo lancée le jour de l’été 1995.

Mais pourquoi accorder autant de place à la météo ?
Et pourquoi cette différence d’appréciation entre météo et climat ?

Parce que les téléspectateurs sont « météo-sensibles ». La météo agit directement et concrètement sur nos comportements et nos habitudes de consommation. Cela permet de nous projeter dans un jour ou deux.

Et logiquement, qu’est-ce que l’on trouve avant et après le bulletin météo… un tunnel de publicités. C’est d’une logique marketing imparable. Les prévisions pour le week-end sont ensoleillées… donc je vais consommer.

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La météo c’est très concret, c’est aujourd’hui, ici, chez moi. Je mets le nez dehors et cela confirme ce que j’ai entendu et vu au bulletin météo.

Et c’est bien le problème du climat qui est tout le contraire.
Le climat c’est très abstrait, très distant dans le temps et l’espace.

Quand je sors dans la rue de mon quartier d’Oberkampf et qu’on me dit qu’il y a 400ppm (parties par million) de dioxyde de carbone dans l’atmosphère… qu’est-ce que j’y comprends ? Rien.
Ça ne se voit pas, ce n’est pas comme le soleil, la pluie, le vent.

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Et l’on me dit que la planète est en danger, qu’il y a un problème de climat et il qu’il faut réagir. Réagir à quoi puisque je ne vois rien et que ce n’est pas aujourd’hui.

Je ne vois rien, je ne sens rien, cela échappe à tous mes sens.
Pour que les gens réagissent, il faut qu’ils perçoivent un danger évident et immédiat, là sous leurs yeux. Il faut pratiquement que ce soit palpable.

La météo, c’est demain, c’est mon week-end, mon barbecue, mon vélo pour aller en forêt de Fontainebleau. Alors qu’avec le climat, on nous parle de générations futures, de 2050.

Migration des populations, disparition de 30% des espèces animales d’ici 30 ans, réchauffement climatique, acidification des océans, pollution généralisée… tout ça est invisible, je ne vois rien de tout ça.

Ah si, dans les campagnes de communication pour sensibiliser au réchauffement climatique, on me montre des ours… mais les ours, c’est ailleurs, ça ne me concerne pas puisque je n’habite pas sur la planète des ours. En gros, c’est bien évidemment regrettable, mais c’est le problème des ours tout ça, pas le mien.
Voir la chronique [37°2/38°2]

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La météo, le bulletin météo est directement lié à la consommation, alors que pour le climat, c’est de décroissance dont il s’agit, de moins consommer. Et c’est là que ça coince fort, car il va falloir toucher à notre consommation. A nos habitudes.

De revenir sur notre confort « artificiel », se chauffer moins, manger moins, être attentif à l’eau que l’on utilise. Le climat c’est tout le contraire de la météo.

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Cela fait des années que le moral des français est calculé sur leur consommation. « Mais puisqu’on vous le dit, les français vont bien puisqu’ils consomment ».
Or tout le monde sent bien que derrière tout ça, c’est juste de la méthode Coué. Que l’on se rassure comme on peut. « Ma vie est réussie puisque je viens encore de m’acheter une nouvelle voiture, plus grosse, plus belle. »

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Nous sommes dans des sociétés où les représentations sont abstraites et le propre des représentations abstraites c’est de ne jamais nous faire bouger. Et pourtant, à côté de ça, nous sommes très sensible à ce que nous sentons, à ce que nos percevons. Quand je suis confronté à un danger qui alerte mes sens, je bouge instantanément. Je réagis.

Et puis c’est vrai qu’aujourd’hui, nous autres dans les zones tempérées de la planète, nous sommes encore préservés, mais cela va changer bien évidemment.

Il va falloir trouver des images, des signes, des messages pour que tout le monde prenne conscience du danger lié au climat. Il va falloir que l’on regarde autrement, que l’on vive autrement. Alors bien sûr que c’est très perturbant, mais c’est aussi très riche et moteur d’un changement de civilisation à construire.

On termine sur une note d’espoir avec le philosophe Dominique Bourg, professeur à l’université de Lausanne (Suisse) et vice-président de la Fondation Nicolas Hulot pour la nature et l’homme.

« — Le mot «décroissance» fait très peur. On croit qu’on va chuter, régresser. Mais, de toute façon, les Européens – et les Français en premier – régressent déjà. Notre niveau de vie baisse. A partir de là, soit on le subit totalement et on continue de fantasmer un monde qui ne sera plus le nôtre, soit on le prend de façon positive et on décide de changer de style de vie et de s’orienter vers des choses plus intéressantes. »

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Catégories: Médias, Société | Laisser un commentaire

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