25 septembre 2016

L’aveuglement de l’Etat

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Laurent Theron est secrétaire médical de l’Assistance publique des Hôpitaux de Paris.
Ce jeudi 15 septembre, le cortège de la manifestation contre la loi Travail arrive place de la République.

Il reçoit un projectile au visage.
Son œil est touché. Il s’écroule.
Tandis que la charge des CRS se poursuit, les amis de Laurent Theron vont le relever et l’évacuer vers une bouche de métro pour l’emmener aux urgences.

Il va rapidement être pris en charge et opéré dans la nuit. Les chirurgiens parviendront à sauver son œil mais pas la vue.

Le 28 avril, Jean-François Martin, étudiant à Rennes II, manifeste contre la loi El Khomri, il perd un œil dans des circonstances analogues.

En juillet 2009, Joachim Gatti, perdra, lui aussi un œil au cours de l’évacuation musclée, par les forces de l’ordre, d’un squat de sans-papiers à Montreuil.

Il y a une infinie tristesse dans la photographie prise par Samuel Boivin.
Plus que de la souffrance. C’est un regard qui vient d’être anéanti, la vie de Laurent Theron va être à jamais bouleversée.

Car Laurent Theron vient de comprendre qu’il va sans doute perdre son œil.
Alors qu’il manifestait sans débordement, il vient de comprendre que l’État est prêt à gravement blesser un citoyen pour marquer les esprits et les corps.
Pourquoi toucher les yeux ?
Il faut que la contestation cesse, quitte à ce que des visages soient mutilés.

Un homme, en face de lui, a armé son flash-ball, visé et tiré à hauteur de regard. Parfaitement conscient du risque de blessure engendré par le tir.
La réponse policière n’est en aucun cas proportionnelle à la contestation des manifestants.
Bien sûr, il peut s’agir d’un accident, mais quand on tire au niveau du visage, l’accident s’éloigne.

Mutilé le regard pour qu’il soit dans l’incapacité de voir.

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Ce jeune homme blessé, c’est le gros plan d’Eisenstein sur le visage de la femme à l’œil crevé dans le « Cuirassé Potemkine » (1925). Les émeutiers viennent d’être écrasés par l’armée tsariste. Une femme hurle son indignation, sa révolte plus que sa souffrance.

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Ce visage blessé, c’est un homme qui regarde au loin sans espoir.
C’est Jean Marais dans le film de Jean Cocteau,  « Le testament d’Orphée ».

Que regarde Orphée ? Est-ce l’avenir ou le passé ? Ses yeux dessinés à l’encre sont irréels.
Les larmes délavent l’encre et coulent sur ses joues.

Ce que Laurent Theron a vu ce jeudi de septembre, est en train de couler sur son visage.
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Catégories: Photographies, Société | Laisser un commentaire

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