02 janvier 2017

La surveillance massive

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La guerre sans fin des Etats-Unis.
En cette fin d’année 2016, Le Monde consacre un dossier à l’Amérique en guerre, 15 ans après le 11 septembre 2001.
« Des conflits qui semblent lointains, mais qui ont pourtant durablement affecté la société américaine, entre culte des vétérans et montée de l’islamophobie, peur d’une menace insaisissable et résignation face au recul des libertés civiles… »

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Un dossier de huit pages illustré de visuels du photographe belge Tomas van Houtryve, l’un des lauréats du World Press Photo 2015, récompensé pour sa série « Blue sky days ». Les journées du Ciel bleu quand les drones militaires peuvent voler et frapper des cibles identifiées. Les drones ne volent pas par temps gris…

Les visuels du Monde sont tirés d’une nouvelle série intitulée « Packing Heat ». Tomas van Houtryve travaille avec une caméra thermique clipsée sur son smartphone.

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La technologie des caméras d’imagerie thermique a été développée dans un but militaire de surveillance généralisée. Les opérateurs de drones et les tireurs d’élite suivent et repèrent les cibles en utilisant le rayonnement infrarouge qui peut faire la distinction entre les températures ambiantes et la chaleur produite par le corps humain.

Des images de New York, Washington, la Californie… qui évoquent immédiatement la surveillance. Les caméras, l’intimité et la guerre…

« Les programmes technologiques et biométriques du Pentagone en Afghanistan, où chaque villageois est enregistré dans une gigantesque base de données avec son ADN, ses empreintes digitales et sa reconnaissance faciale, ont été mis à la disposition du FBI pour la population américaine.
Et, outre le FBI, des villes comme New York, Chicago et Los Angeles sont également très avancées dans leurs programmes de surveillance totale de la population par reconnaissance faciale dans la rue et d’identification des plaques d’immatriculation des voitures. C’est un suivi de chaque individu de manière indiscriminée. »

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Des photos grises, monochromes, des photos de repérage, des photos outil de localisation. Des photos de mauvaise qualité ce qui, paradoxalement, renforce l’authenticité, l’aspect preuve du document.

Une surveillance totale. Massive.

Et dans chaque image, une lueur, une présence lumineuse.

Il ne s’agit plus de photographies mais d’images ou de visuels techniques. Il ne s’agit plus d’un point de vue humain, mais d’un enregistrement. Il ne s’agit plus de voir mais de détecter, de repérer un corps, une présence humaine émettant de la chaleur.
Voir le caché. Mettre en image la présence.

Dès lors, tout devient suspect. Pas d’identification, les visages ne sont généralement pas visibles. Traquer des ennemis sans visage.

Dès lors, notre regard ne peut plus être simplement bienveillant, il doit répondre à notre peur. Il se militarise, il analyse, traque, détecte, cherche, fouille,… notre regard est injecté de peur. Chaque présence est menaçante, chaque présence est visuellement dangereuse.

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Nous voyons les gens comme des lucioles. Comme une lueur pouvant potentiellement allumer une mèche, déclencher une bombe.

« Par peur d’une menace qui est tout de même exagérée, les Américains ont accepté un régime de surveillance qu’ils auraient trouvé totalement inacceptable avant le 11 Septembre. Ils trouvent désormais normal de sacrifier la liberté à la sécurité. »

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Il y a quelques années, l’artiste new yorkais Adam Harvey a créé Stealth Wear (vêtements furtif), une ligne de vêtements anti-drone.
Il utilise un tissu métallisé capable de dissimuler les signatures thermiques corporelles et donc de devenir invisible aux yeux des systèmes d’imageries thermiques qui peuvent équiper les drones. Echapper à la surveillance totale.

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Il s’agit de capuches, d’écharpes, de capes ressemblant… à des burquas ou des hijabs.
« In privacy we trust » (Dans la vie privée nous croyons). C’est le slogan choisi par Adam Harvey pour s’opposer aux technologies susceptibles de violer la vie privée.

Devenir invisible pour protéger sa vie privée. Devenir invisible au regard extérieur des drones.
Un regard qui vient de loin, de très haut et qui frôle le Divin.
Disparaître.

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Catégories: Médias, Photographies, Société | Laisser un commentaire

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