06 mars 2013

« La recette d’un sabotage »

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On aurait trouvé du cheval dans les lasagnes. À la Une de Libération du 15 février, un os fièrement dressé comme un trophée, un poing levé. Un nouveau scandale alimentaire qui secoue toute la filière de la viande.

On a le sentiment depuis plusieurs semaines, d’un danger. S’agit-il d’un empoisonnement, d’un risque sanitaire ? Non, rassurez-vous, rien a voir avec la vache folle. Mais alors il est où le problème s’il n’y a pas de risque ? Pourquoi ce sentiment de panique. Est-ce que c’est le fait de manger du cheval ? Est-ce que l’on aurait crié à l’indignation s’il s’agissait de mouton ? Sans doute pas. On nous parle, dés les premiers jours de l’affaire, de la provenance du cheval… il viendrait de Roumanie ! Même question, est-ce que l’on aurait réagit de la même façon avec un cheval venant d’Irlande ou de Normandie ? Pas sûr. On a tellement stigmatisé les roumains depuis plusieurs années que la seule mention de la provenance roumaine suscite la méfiance.

Mais revenons à la photographie de Une. Ce n’est pas de la viande hachée que l’on voit, c’est un os. C’est un déchet. Un os dont on vient de retirer le muscle enveloppant. Un os de cheval, de bœuf, de mouton ? Un os, on n’en sait pas plus. Un secret de fabrication malhonnête a été dévoilé. C’est finalement ce que je sais et non ce que je vois qui me dégoutte.

Au Moyen-Age, il paraissait impensable de manger du cheval. La légalisation de la boucherie chevaline s’est faite en 1866. Le tartare de cheval c’est donc très récent ! Après la seconde guerre mondiale, la viande de cheval représentait 10% de la consommation de viande des français. Et depuis 50 ans, le cheval se rapproche de l’homme et s’éloigne de nos assiettes.

Et plus l’animal est proche, et plus nous avons du mal à le manger. On le sent bien avec le chien ou le chat. Plus la distance se raccourcit plus l’horreur apparait, celle du cannibalisme, de manger son semblable.

Et si c’était ça qui dérangeait dans l’image. Devant cet os « anonyme » dressé verticalement, comme un monolithe repoussant, apparait effectivement l’horreur, et s’il s’agissait d’un os humain ? Comme celui brandit dans 2001 l’Odyssée de l’espace de Kubrick, par un singe criant sa soif de pouvoir.

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