08 décembre 2017

La petite histoire

Sans titre-8

La grosse claque quand on découvre ce week-end,  dans la vitrine du bouquiniste de la rue Oberkampf, un disque que l’on n’avait pas revu depuis 35 ans !
Remain in Light des Talking Heads, en 1981. 35 ans après, on reste scotché, médusé, là, sur le trottoir. Alors bien sûr, on entre et on prend le disque à pleine main, on le retourne, on sort le disque de sa pochette, vieux reflex de l’époque où l’on regardait toujours la qualité du vinyle.

Et là, bien évidemment que l’on va l’acheter, à 8€, il n’y a pas à hésiter. On ne pense même pas qu’on n’a plus rien comme matériel pour l’écouter, plus de platine disque, d’ampli et d’enceintes.

On avait adoré, complètement adoré ce disque. Faut dire qu’à vingt ans, quand tu es aux Beaux-Arts et que tu achètes un disque qui explose tous tes sens… c’est largement plus existant qu’une Rolex à 50 ans. Là, c’était le monde qui s’ouvrait, genre Moïse dans les Dix Commandements.

Une putain de pochette. Incroyable d’imaginer ça en 81, ces quatre visages rouges bidouillés numériquement comme des masques. On apprendra plus tard, bien plus tard, que c’est Tibor Kalman qui avait créé la pochette.

Et puis la musique. Des rythmes africains funky, du mélange de styles et de l’invitation à bouger. Ça se prend pas au sérieux et pourtant c’est super bien calé. Brian Eno aux commandes. On avait l’impression de voir le monde autrement. De découvrir…

Alors oui, bien évidemment qu’on achète le disque. On rentre chez soi  et on se précipite sur Youtube pour écouter Remain in Light… faut bien l’écouter quand même. Et là, on se dit que c’est quand même étrange ce besoin que l’on a, à partir d’un certain âge de retrouver, d’acheter ce qui a bercé notre jeunesse.

On l’avait senti venir vers la quarantaine. C’était il y a dix ans, dans State of Play, une série britannique diffusée par BBC One. Une scène en particulier. La femme d’un politicien britannique interpelle un journaliste après avoir regardé sa biblothèque de CD. « C’est étonnant, passé un certain âge, on ne retrouve que des compilations sur les étagères, c’est comme si les mecs ne voulait pas prendre de risque passé 40 ans ».

Passé 40 ans, on a tous plus ou moins le sentiment que notre petite histoire, unique, personnelle, n’est faite que de souvenirs. Des centaines, des milliers de petites choses qui vont mourir avec nous. Que l’on ne peut pas préserver. Alors on va commencer à retrouver des éléments de cette petite histoire. Un meuble, une lampe, un livre, un disque. Comme si l’on reconstruisait ce qui pourrait ressembler à un mini musée personnel.

Pour que la petite histoire raccroche à la Grande !

 

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Catégories: Divers, Médias, Photographies | Laisser un commentaire

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