21 mai 2017

La palette rouge

C_n7nhfWsAMDR6I.jpg-small

C’était le 12 mai à Paris, et Jean-Christophe Cambadélis, le premier secrétaire du Parti socialiste, était dans la rue pour parler et mobiliser les électeurs de sa circonscription du 19e arrondissement. Un tour de chauffe pour la campagne législative à venir.
Il parlait, monté sur une palette de chantier peinte en rouge, un ampli posé à ses côtés.

Sans titre-4

Descendre dans la rue pour venir au contact des gens et monter sur un piédestal, quel drôle d’idée. Comme s’il fallait mettre en scène la parole politique dans l’espace urbain. Imaginer un « stand up » pour accrocher le passant.

Les images ont rapidement circulé sur les réseaux, dénonçant et détournant le grotesque de la situation.
Cambadélis sur sa palette rouge. A la dérive…

CAMBA2.indd

Des proches du candidat justifiaient pourtant que tout ça n’était pas nouveau, « la seule différence avec la dernière campagne, en 2012, c’est que cette fois la palette est rouge et que Jean-Christophe Cambadélis utilise des palettes de chantier depuis 1997.

On avait cru comprendre que le rouge de la gauche avait disparu du spectre politique. Aujourd’hui, tout est bleu (il suffit de regarder les affiches de la dernière campagne présidentielle), il n’y a plus de place pour ce rouge trop révolutionnaire, laissé à Philippe Poutou et sa « camarade » Nathalie Arthaud…

Comme si tout ce grotesque ressemblait à une performance artistique.

 

ozguc0bixlfk8vz2f8zj

Et de se remémorer Gilbert & George au tournant des années 70.

On est en 1969, à Bruxelles, « The Singing Sculpture » marque le début du duo d’artistes anglais.
Jeunes diplômés de la prestigieuse Saint Martin’s school en sculpture, ils se tiennent debout sur une table pendant qu’un tourne-disque joue « Underneath the Arches », une chanson populaire.

Cela fait déjà plusieurs mois qu’ils sont habillés d’un costume trois pièces, et qu’ils déambulent dans la ville comme s’ils jouaient un rôle, entre fiction et réalité. On ne les voit plus l’un sans l’autre. À ceux qui les questionnent sur le pourquoi, ils répondent simplement : « Tout ce que nous faisons est de l’art. Nous sommes des sculptures vivantes ».

gilbert-and-george-_-singing-sculpture--1973--perf-copie-1

Pour cette première performance, Gilbert and George chantaient en playback (trois minutes, le temps de la chanson), leurs visages et leurs mains étaient maquillés de bronze pour créer une illusion métallique. L’un avait un gant, l’autre une canne. De temps à autre, ils s’échangeaient les accessoires. Ils bougeaient comme des pantins mécaniques, leur mouvement étant calqués sur le rythme de la chanson.

Devant ces deux jeunes hommes debout sur une table, personne n’arrivait à distinguer ce qui relevait de l’art et ce qui était propre à leur vie. Ce qui relevait d’une démarche artistique et ce qui pouvait être perçu comme dérisoire, superflu. Sans intérêt.
La confusion était troublante. Entre une forme vivante et une sculpture.

Gilbert_George-Singing_Sculpture_THUMB2_large

C’est peut-être ce que l’on voit avec Cambadélis sur sa palette. Tout ça est déroutant.
La professionnalisation de la vie politique ne permet plus aux citoyens de se reconnaître dans l’homme publique qu’ils ont élus pour les représenter. Le politique est en représentation mais ne représente plus son électeur.
Il n’a plus trop de contact direct avec une réalité qu’il ne découvre souvent au détour d’une réunion, une fois tous les cinq ans, au moment des élections. Mais il faut bien se faire élire…

Alors Cambadélis est dans la rue, il a fait peindre une palette en rouge. Il s’est dit qu’il fallait attirer le regard et que cette couleur était du plus bel effet. Peut-être un conseil de communicant.

gilbert_george_tate_toy

Catégories: Médias, Peinture . Art | Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Les champs obligatoires sont indiqués avec *