19 novembre 2017

La larme de fumée

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Le dernier disque d’Etienne Daho, « Blitz ». Une photographie de Pari Dukovic.

Etienne Daho, c’est la scène rennaise des années 80. Etienne Daho, c’est ce que l’on a appelé, la Pop française. Et puis c’est une pochette de disque et une photographie de Pierre et Gilles, le disque du succès avec « La Notte, la note » en 1984.

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Une pochette mythique qui est restée dans l’histoire. Le pull marin et le perroquet. Et le travail sur l’image de Pierre et Gilles, caractéristique du couple de photographes. L’un réalise la prise de vue, l’autre retouche à la peinture dans la tradition de la photographie du Moyen Orient ou de l’Inde. Ce sont les petites gouttes d’eau sur le visage et les cheveux où l’on semble deviner une larme qui se confond. La couleur des lèvres retouchée. 

Daho a toujours joué de cette image de bad boy, en blouson de cuir, coiffure rock. L’ambiguité de la douceur et de la violence sous-jacente. Un boxeur fragile.

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Avec « Blitz », L’histoire est passée, le temps s’est inscrit dans la chaire et dans l’image.
La photographie parle de maturité, de corps et de nuits sombres. Le perroquet s’est envolé. Plus d’insouciance.

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La fumée de cigarette, en noir et blanc, c’est un classique de la photographie de stars ou de célébrités. François Truffaut, Keith Richards, Kate Moss, Rihanna…de la fumée sortant en volutes de la bouche. Vincent Cassel. Toujours la sensualité envoutante de la fumée et de la bouche outrouverte.

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Pour « Blitz », Etienne Daho revient sur la photographie et ses influences. La fumée, la casquette, la couleur.

 « Ça appuie sur des zones sombres, le cuir, je trouve ça hyper sexy. Pendant l’enregistrement de “Blitz,” j’ai revu “L’Equipée sauvage” avec Marlon Brando en motard, et “Portier de nuit”, où Charlotte Rampling est également en cuir. J’avais envie de jouer avec cet esthétisme. Et je trouve que cela fait une belle affiche de film pour un disque qui, justement, est un peu comme un film. »

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Et le photographe de préciser : « Nous étions d’accord sur ces influences très cinématographiques, et notamment “Scorpio Rising” de Kenneth Anger (1964). La photo est vraiment un clin d’œil à ce film. »
Un film court qui prend le contre point au Flower Power de l’époque. Qui pose la question de la violence, de ses codes, de ses images, le cuir, la moto, la route, la violence motorisée, la référence à l’imagerie nazie.

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On pourrait aller chercher « l’Enfer » d’Henri-Georges Clouzot, en 1964 avec Romy Schneider et Serge Reggiani. Un film inachevé où le réalisateur testa quantité d’effets lumineux. Déjà Romy le visage vert qui fait une pause, sur de la fumée de cigarette, bouche entrouverte, langoureuse. Extase.

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L’image avec ses aspects sombres et ambigus qui révèlent des cicatrices issues de blessures intérieures. Qui appelle le temps et le souvenir.
Bien sûr qu’il s’agit de jouer et de se glisser dans un personnage imaginaire, fictif. Un personnage hybride. Un personnage de la nuit qui s’habille pour une soirée, pour une rencontre.

L’image s’est assombrie, la larme est beaucoup moins discrète que dans La Notte.

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