19 janvier 2017

Huit ans après « Yes we can »

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Dans quelques jours, Barack Obama quittera la Maison Blanche. À l’heure des bilans, Le Monde affiche à sa Une un portait dyptique d’Obama réalisé par le photographe des stars, Dan Winters.

À gauche, en 2008, un président américain arrivant à la tête de la première puissance mondiale. À droite, le même huit ans plus tard.
Un procédé photographique des plus courant, le « avant/après », le « que sont-ils devenus ? » qui fonctionne depuis les débuts de la photographie.

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Huit années entre les deux.

On entend les slogans que l’histoire retiendra. « Yes we can », « Yes we did ».
L’espoir et la confiance du portrait de 2008. Barack Obama était encore sénateur.

La première photo d’Obama a été prise pour une couverture du Time, après la défaite des primaires démocrates à San Antonio au Texas. IL avait perdu devant Hillary Clinton. Ce jour là, tout avait été très vite. L’éclairage préparé, l’environnement et le fond déterminés. Obama avait accordé 20 minutes à Dan Winters pour faire la photo.

La seconde a été réalisée durant l’été 2016, à la Maison Blanche, pour le New York Magazine.

Dan Winters décrit la séance de prise de vue.
« Huit ans plus tard, en juillet 2016, j’ai été contacté par le New York Magazine pour photographier Barack Obama en août. La Maison Blanche nous a accordé cinq minutes avec le Président. Une semaine avant le tournage, je suis allé à DC et j’ai visité la Maison Blanche pour faire une reconnaissance technique. Le matin des prises de vue, nous avons passé quatre heures et demie à régler des lumières et mettre en place des fonds en prévision de l’arrivée du Président.

Pour créer des images qui se distinguent les unes des autres, j’utilise à la fois des papiers transparents et des fonds de toile peinte. J’ai repéré un emplacement devant une grande fenêtre qui présentait bien l’architecture néo-classique de la Maison Blanche. Au loin, l’Obélisque, le monument de Washington pouvait clairement se détacher dans la fenêtre.

J’avais apporté un tirage inédit de la prise de vue du Time Magazine de 2008, je voulais refaire la même photo afin que les deux images puissent être présentées côte à côte dans le magazine, comme pour montrer l’investissement physique de huit ans de présidence sur un homme.

Même si tout a bien été anticipé, les déplacements d’un point à un autre et les différentes photos que je voulais… tout cela était un défi impossible à tenir en cinq minutes. Son agent des Relations publiques lui a fait prendre conscience que nous avions parfaitement préparé la prise de vue mais que nous avions besoin d’un peu de temps. J’avais besoin de quelques minutes.
Il m’a permis d’obtenir ce dont j’avais besoin. Neuf minutes. Le président m’a remercié pour l’efficacité de mon travail.

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De toutes les photographies que j’ai faite ce jour-là, ma préférée est celle du président de dos, regardant au loin l’Obélisque. Alors qu’il se dirigeait vers la fenêtre, je réalisais que sa silhouette était instantanément reconnaissable dans la lumière du soleil se glissant dans le cadre que je venais de déterminer. »

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Huit années entre les deux photographies. Le même cadrage, la même lumière.

« Yes we can », « Yes we did » Huit années de présidence.

Le sourire a changé, il était standardisé, sans doute travaillé avec des communicants, il est devenu plus personnalisé, plus affirmé. Les cheveux sont maintenant poivre et sel. Les oreilles se voient un peu plus.

Le regard est toujours aussi lumineux mais l’on sent l’histoire de huit années de présidence américaine. Les difficultés, les combats, les guerres, les reculades, les affrontements. Le regard est perçant presque défiant. La maturité est passée par là, l’espoir et le rêve ont laissé la place au pragmatisme, à la dure réalité du quotidien américain. Le teint est devenu cireux. Barack Obama est entré dans l’histoire.

Huit années entre les deux photographies. Le temps a passé, histoire ou pas, présidence ou pas. Il y a fort a parier que quelles que soient les circonstances, Obama aurait vieilli de la même façon. Comme pour chacun de nous, Barack Obama a huit ans de plus.

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Le temps passe et c’est peut-être ce que l’on voit et qui nous fascine.

Depuis 1975, systématiquement, Nicholas Nixon prend une photo de sa femme Bebe (Beverly Brown) et de ses trois sœurs.
La première foi, Bebe avait 25 ans, Haether 23, Laurie 21 et Mimi 15. Le rituel de la prise de vue se met en place. Année après année, les quatre femmes posent toujours dans le même ordre. Le cadrage diffère peu.

Quarante ans, quarante photos. Tous les ans, à la même date, Nicholas Nixon prend une photo des sœurs Brown à la chambre photographique.

« Ces portraits sont le fruit de ma curiosité et de mon admiration pour un groupe de femmes belles et fortes, qui m’ont laissé entrer dans leur vie, les photographier et poursuivre une tradition, un rituel de passage annuel. J’aime mes belles sœurs, Mimi, Laurie, Heather, et je les remercie de tout mon cœur pour leur affection et leur patience. Bebe, mon seul véritable amour, ma meilleure amie, est le centre de ma vie. Quelle chance j’ai, quelle gratitude je ressens », écrit Nicholas Nixon dans la préface d’un livre consacré à cette série, exposée pour la première fois au MOMA de New York en 1999 pour ses 25 ans.

Depuis 1975, au delà des rides et des cheveux grisonnants, le temps passe.

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“Brown Sisters, 2014”,  le dernier cliché des soeurs Brown pris par Nicholas Nixon.

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