22 juin 2017

Clair-obscur à Gaza

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Depuis deux mois, la bande de Gaza est confrontée à des problèmes d’approvisionnement énergétique sans précédent.
Deux million de palestiniens vivent aujourd’hui avec trois heures d’électricité par jour.
Dans la bande de Gaza, la densité de population est la plus élevée au monde, avec 4 000 habitants au kilomètre carré (113 habitants en France, 338 au Japon).
Depuis dix ans, la situation n’avait jamais été aussi préoccupante.

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C’est un article dans Le Monde du mardi 20 juin. La légende de la photo précise : « Rupture du jeûne dans une famille obligée de s’éclairer à la bougie, à Gaza, le 15 juin. »
Alors bien sûr qu’à la lecture de cet article, on comprend la difficulté de cette famille en pleine période de Ramadan. De vivre au quotidien, sans frigo, sans machine à laver, sans éclairage.

Et pourtant, en ragréant la photographie, on sent bien que quelque chose nous échappe. Quelque chose qui nous éloigne de la réalité de Gaza. Qu’on le veuille ou non notre regard se trouve détourné par un reflex culturel qui appelle la peinture classique.

Comment ne pas penser à Georges de la Tour et ses nombreuses peintures traités en clair-obscur. Toujours ce Lumen, cette lumière surgissant de la matière même de la toile. Une lumière à connotation spirituelle.
Il suffit de mettre en miroir cette photographie du Monde et la peinture de Georges de La Tour : « Les joueurs de dés » de 1640, pour être « troublé ».

Trouble de la scène éclairée à la bougie, trouble des couleurs. Couleur de la peau éclairée dans la pénombre. Couleur rouge que l’on repère au premier abord ! Scène intimiste, moment familial.

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La situation à Gaza est catastrophique mais l’image nous empêche quasi physiquement de se sentir concerné. La photographie ne renvoie pas à la réalité mais à une autre image. Si le mot n’était pas si fort, on parlerait de prise d’otage picturale. Comme si le réel n’existait plus… L’image n’est pas là pour m’ouvrir une fenêtre sur le monde, mais pour faire remonter en moi une émotion esthétique.

Cela fait fait des années que Gaza est devenue une prison à ciel ouvert où les conditions de vie sont exécrables. Personne ne réagit, personne s’exclame devant ce scandale. Les articles s’accumulent, les chiffres augmentent.

Il y a quelque chose d’inacceptable dans cette photographie. L’image nous flatte en nous emmenant sur le terrain culturel.

Et pour le coup, c’est encore pire que s’il n’y avait pas d’illustration.

Catégories: Médias, Peinture . Art, Photographies | Laisser un commentaire

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