01 avril 2017

Cadrer des jambes

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« Never mind Brexit, who won Legs-it ! » titre le quotidien britannique Daily Mail le 28 mars (« Peu importe le Brexit, qui a gagné le concours de jambes ? »).

C’est écrit en très gros à côté d’une photo de la première ministre britannique, Theresa May et de Nicola Sturgeon, la première ministre écossaise, dans un hôtel de Glasgow. Theresa May s’apprête à mettre en œuvre le processus de sortie de l’Union européenne réclamé par les Britanniques lors du référendum de juin 2016.

Les deux femmes sont assises, en jupe, leurs jambes particulièrement visibles au premier plan. Et c’est vrai que l’on ne voit que ça, le cadrage a visiblement été fait pour ne parler que de leurs jambes.

Les réseaux sociaux ont immédiatement réagit en condamnant le choix de l’image, le cadrage et l’accroche de Une.
« Honte au Daily Mail », « Une débile »… « Sommes-nous en 2017 ? » L’ancien Spin Doctor de Tony Blair, Alastair Campbell a qualifié le journal de “ saleté totale ».

Condamnation unanime donc. Entretemps tout le monde parle du Daily Mail !

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Et l’on repense à un portrait de dernière page de Libé consacré à Barbara Pompili.

C’était fin septembre 2012. L’actuelle secrétaire d’Etat à la Biodiversité vient d’entrer à l’Assemblée nationale. Le portrait est accompagné d’une photographie de Bruno Charoy qui la montre assise en robe blanche sur une banquette de cuir noir, large décolleté et cuisses nues. Une tenue très inhabituelle pour une représentante politique.

A la suite de cette publication, Barbara Pompili s’est sentie humiliée, trompée et trahie par la photographie. Car ce que l’on voit c’est bien évidemment le corps sexualisé de cette jeune femme. Elle est photographiée comme une entraineuse de bar de nuit. Pourquoi chercher à la montrer ainsi ? Pourquoi faire le choix d’axer le portrait sur un physique et pas sur la personne ?

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Dans un article de Libération de mai 2016, elle revient sur cet épisode et s’en explique.

« Quand la photo a été prise, j’avais expressément demandé au journaliste quel était le cadrage de sa photo. J’avais dit : « Vous faites quoi, vous prenez le haut ? » Il m’avait dit: « Oui, oui, le haut. » Du coup, je n’ai absolument pas fait attention au bas, je n’ai pas fait attention que ma jupe était un peu redressée. C’est très formateur. Je n’ai plus jamais fait l’erreur. »

Et puis quand elle découvre la photo, elle comprend immédiatement, car c’est très violent.
Elle trouve la photographie bien trop sexuelle.

« Je n’ai eu aucune réaction à l’époque qui avait trait à ce qui était marqué dans l’article. Toutes parlaient de la photo. D’ailleurs, plusieurs disaient : « Oh, elle l’a fait exprès pour se faire de la pub. » « Elle l’a bien cherché quelque part. »
La photo a été évidemment choisie parce qu’elle était, entre guillemets, «osée». Elle n’est pas osée pour une actrice porno, mais elle est osée pour une femme politique. »

« Est-ce normal de se sentir humiliée par une photo alors que pourtant je suis très large d’esprit ? J’avais l’impression d’être toute nue. »

« Je considère que j’ai été victime de Libération. Je n’étais certainement pas armée pour me défendre et Libé en a profité. Avec l’expérience, Libé ne pourrait plus l’avoir cette photo-là. Quelque part, je remercie le journal pour la formation accélérée que j’ai eue. »

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Une photo accompagne l’article de Libération où Barbara Pompili s’explique. Ce n’est pas Bruno Charoy qui a réalisé la photo, c’est un photographe de l’AFP.
Barbara Pompili est assise devant son bureau, pantalon noir et veste rouge. Dans les jours qui ont suivis, personne ne lui a parlé de cette photo.

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Catégories: Médias, Photographies | Laisser un commentaire

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