28 décembre 2017

1958, je ne suis pas encore né

58/68. Entre Noël et le Nouvel An, Télérama revient sur les 10 ans où la France bascule dans la modernité et découvre une jeunesse confiante aussi bien dans le progrès que dans l’avenir. « Les 10 ans qui ébranlèrent la France »

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1958, je ne suis pas encore né.
1968, je suis trop jeune pour avoir des souvenirs précis des événements de mai.

L’après midi du 25 décembre, sera l’occasion, en famille, de regarder six photos d’enfance réalisées par des photographes professionnels.
Des photographies d’il y a 50 ans.

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1961, la photo officielle de ma naissance, réalisée par le photographe du quartier. Le studio était à quelques mètres de la boucherie de mes parents. La photo est signée L.-G. Delochre Frères. Portraitistes. 30, rue Gallerand – Vierzon. Quelques années plus tard ma sœur aura droit à la même photo. Comme tous les enfants du quartier. Même pose, même éclairage, même cadrage. C’était classique et traditionnel. Tous les enfants ressemblaient à cette image.

La photo a sans doute été faite à l’occasion du Baptême. C’était le premier rituel. Les photos officielles s’enchaînerons, au rythme des années.
Baptême / Communion solennelle / Photo à 20 ans pour les filles, photo durant le service militaire pour les garçons / Mariage.

Vers 4 mois, on emmenait le nouveau né faire une vraie photo chez un photographe professionnel. Il devait y en avoir plusieurs à Vierzon et mes parents avaient sans doute choisi celui ci à cause de la proximité. On déshabillait l’enfant et on le posait sur une peau de mouton blanche. Pourquoi le mettre nu ? Sans doute l’innocence, la fragilité, la pureté. L’enfant venait de naître, il était nu.

On présentait l’enfant au public, il n’y avait pas de cadre approprié. Ce n’était pas une photo réalisée à la maternité quelques jours après l’accouchement. Là, l’enfant était plus grand, avec une vraie attitude, il ne marchait pas encore mais avait une présence.
C’était une photo qui était distribuée à la famille, aux amis. On commandait 20 ? 30 ? 50 tirages papier 13 x 18cm (le format classique) ?
Qu’en est-il aujourd’hui ? Pas sûr du tout que l’on photographie encore les enfants nus, même les nourrissons.

Ce studio, c’est un endroit où je vais souvent revenir. J’aimais bien la proximité de la femme qui s’occupait de la retouche des tirages. Elle travaillait avec un pinceau et de l’encre noire pour venir boucher les points blancs et adoucir au ferricyanure de potassium les points noirs. Plus occasionnellement, je passait derrière le comptoir pour assister aux prise de vue, dans la pièce arrière, c’était très sombre, il n’y avait pas de fenêtre.

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1964 à Vierzon, l’école maternelle du Marché au Blé.
J’ai 3 ans et c’est la première année d’école. On ne le voit pas sur la photo, mais je suis sans doute en culotte courte. Tous les garçons portaient des culottes courtes jusqu’à la fin de l’école primaire.
La blouse, tous les enfants portaient une blouse… et je ne sais pas pourquoi, j’ai un nœud papillon en plus de la blouse à carreaux.

Le garçon, au centre en bas, je m’en souviens très bien, c’était mon copain. Christian.
Tous les enfants sont blancs, pas d’arabes, de noirs ou d’asiatiques. Les garçons ont les cheveux courts. Personne ne sourit.

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Octobre 1965, j’ai 4 ans et demi. Et toujours l’école maternelle du Marché au Blé. La dernière année.
Toujours la blouse à carreaux et le nœud papillon qui va avec. Un papier peint au mur « Bonne nuit les petits ». C’était une émission télé pour les enfants, qui passait avant le journal télévisé de 20h. Avec Pimprelle et Nicolas qui accompagnait Nounours descendu du nuage où était resté le Marchand de Sable. C’est une émission que j’adorais. Tous les soirs, TOUS les soirs, je demandais à mes parents de faire un signe de la main, quand Nounours disait bonsoir de sa voix très lente : « AU REVOIR LES ENFANTS ». Et je me retournais pour voir si tout le monde avait bien dit au revoir à Nounours.

Pendant plusieurs années, mes parents demanderont au coiffeur de me couper les cheveux très courts à cause des deux épis que j’avais sur le front.

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1967, cours Préparatoire à l’école élémentaire du tunnel château.

Encore une blouse , toute froissée, mais grise avec un pull et une chemise. Plus de nœud papillon. Un Atlas posé sur la table et une grande carte accrochée sur le mur du fond. Un grand sourire, sans doute à la demande du photographe.

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1970, CM1 à l’école élémentaire du tunnel château.
Une classe de garçons. Jusqu’en CM2, les classes seront non mixtes. Il y avait de part et d’autre du bâtiment de la cantine, une école de garçons et une école de filles. 25 garçons cette année là, donc des classes qui n’étaient pas surchargées comme on le dit aujourd’hui. Tout le monde porte une blouse, ou presque. C’est en arrivant en 6e que ce ne sera plus obligatoire.

Tous les enfants sont blancs, à une exception, un garçon d’origine marocaine, Rachid, assis devant moi. Les garçons ont les cheveux courts. Pas d’enfants divorcés, personne n’en parlait.
Sur les tables, un orifice pour mettre l’encrier, c’est la dernière année où on était obligé d’utiliser un porte plume pour écrire. En CM2, tout le monde écrira avec un stylo bille bleu, Bic.

L’instituteur que l’on appelait Maître est sur une estrade en bois. Pratiquement tous les visages d’enfants me sont encore familiers, 50 ans après.

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1971, une photo couleur quelques jours avant la célébration de la Communion solennelle. C’est la dernière photo officielle. Un autre photographe ami de mes parents.
Presque tous les enfants faisaient leur Communion. Garçons comme filles. Je n’ai pas souvenir d’enfants croyants, mais on ne se posait pas la question. On allait à la messe le dimanche et au catéchisme le jeudi ou mercredi matin.
Il y avait eu une première communion, en CM1, un an avant. Cette petite cérémonie était l’occasion de communier et donc de prendre l’ostie.

 

58/68. C’était il y a 50 ans à Vierzon.
Les classes étaient non mixtes, non métissées. Il n’y avait pas d’enfants de parents divorcés. Les élèves portaient des blouses et écrivaient avec un porte plume. Les enfants faisaient leur communion et allaient à la messe.
J’entendais souvent mon père parler avec admiration du général De Gaulle, et puis l’Algérie, la guerre d’Algérie. Johnny Hallydays (déjà) que mes cousins plus vieux allaient voir comme une curiosité, de Françoise Sagan et son Bonjour Tristesse que ma mère avait lu. Des Shadoks à la télévision en noir et blanc. Faut dire qu’en 1967, une télé couleur ça coutait le prix d’une 4L, la voiture que beaucoup de français avaient. C’était un produit de luxe et ça, c’est un mot que je n’entendais pas chez moi.

Catégories: Divers, Photographies | Laisser un commentaire

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