06 décembre 2015

37°2 / 38°2

OURS_CLIMAT

L’émotion de l’image, la force de l’émotion, c’est très fort, oui, bien sûr… mais à l’occasion de la COP21, on se rend compte que ça ne fonctionne pas pour tout. Ou du moins ce n’est pas suffisant.
On ne trouve pas d’images pour provoquer un véritable élan citoyen, et une prise de conscience sur l’état de la planète.

L’ours polaire coincé sur son morceau de glace qui est en train de fondre, belle image, mais trop lointaine. Ça ne touche pas parce que l’ours en danger est à des milliers de kilomètres. C’est d’une autre planète dont il s’agit, celle des ours mais pas de la notre.

Les animaux Edf que l’on voit sur les écrans plasma dans le métro, et qui remuent la tête dans tous les sens en s’exclamant « Faut se bouger ! », c’est parfait pour les enfants, mais là encore, ça ne dépasse pas le stade du sourire.

Alors on a pensé à faire appel à des artistes. Ils sont formidables ces artistes dés lors qu’il faut donner une forme à quelque chose que l’on n’arrive pas à visualiser simplement. En général, ça marche bien, mais là encore, pour la planète, l’image n’est pas au rendez-vous.

OBEY_CLIMAT

On a demandé à Shepard Fairey… qui nous a fait du Shepard Fairey. Une grosse boule Obey au milieu de la Tour Eiffel. Installée au moment des attentats… résultat insignifiant.

OLAFUR_ELIASSON_CLIMAT

On a demandé à Olafur Eliasson qui a été chercher des morceaux de Banquise. Il les a déposé sur le parvis du Panthéon le temps de la COP21. Ils sont en train de fondre sous le regard des quatre résistants dessinés par Ernest Pignon Ernest. A force de vouloir accumuler les symboles sur le même lieux, on y comprend plus rien. Les installations de cet artiste fonctionnent très bien à la Fondation Louis Vuitton, mais dés que son travail se retrouve dans l’espace public, il perd de sa force. C’est trop élitiste pour que le message passe. Douze gros morceaux de glace comme une horloge qui suggère que la Banquise fond. C’est poétique, imagé… mais ça ne fait pas réagir le grand public.

« Ce qui nous fait vraiment bouger, c’est d’être confronté à un danger sensible et immédiat. Les représentations abstraites, elles, n’ont guère d’influence sur notre conduite », explique le philosophe Dominique Bourg, dans un article du Monde.

Être confronté à un danger sensible et immédiat, c’est ce qui s’est passé il y a trois semaines au moment des attentats parisiens.
Concrètement, le danger immédiat, c’était la menace terroriste d’être confronté à des tueurs tirant à l’arme de guerre sur une foule… on ne connaissait que les images des films ou des reportages à l’étranger. On a découvert la réalité. La peur.

Le dimanche 15 novembre vers 18h, je me suis retrouvé place de la République, dans un mouvement de panique déclenché par une ampoule qui éclate. Et là, tout va très vite. Un policier en civil sort une arme et la foule entière est persuadée que l’horreur va recommencer trois jours après le 13, et tout le monde se met à fuir en hurlant.

Et comme tout le monde, j’ai couru, piétinant au passage un homme à terre pour me mettre à l’abris derrière une voiture. En quelques secondes, l’instinct de survie s’est diffusé dans tout mon corps.
La proximité du danger m’a fait réagir comme jamais je n’aurais cru. J’ai même senti un reflex animal.
Arrêter de réfléchir pour survivre.

La planète est en danger, le moment où tout va basculer se rapproche. Dans quelques mois, quelques années, nous allons vivre sans aucun doute des situations où l’on va inévitablement sentir que notre vie sera menacée.

2DEGRE_CLIMAT

On nous parle aujourd’hui, de deux degrés, un degré de plus… ce n’est pas facile à visualiser un degré de plus.

Un degré c’est passer de 37,2° à 38,2°, un degré de température du corps. Avoir de la fièvre.
Et là, en se rapprochant du corps, on comprend déjà beaucoup mieux. A 37,2, tout va bien. A 38,2, je me sens mal, j’ai des maux de tête. C’est juste un degré de plus.

Il faut peut-être en revenir au corps, au corps qui éprouve intuitivement le risque qui se rapproche.

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